lundi 3 novembre 2014

Erinnerungsobjekteinfluß et les 40 ans de Solaris

La revue Solaris fête ses 40 ans d'existence. Et pour l'occasion, la revue a invité 40 auteurs à signer une courte nouvelle dans un numéro spécial (le numéro 192 dont on retrouve le sommaire officiel ici).
À l'occasion de ce numéro d'anthologie (littéralement), chaque auteur a été appelé à sélectionner un sous-genre relevant de la SF, du fantastique ou de la fantasy, permettant donc à la revue d'offrir un éventail particulièrement large côté thématiques abordées dans ce numéro unique.
Je me retrouve donc au sommaire - je n'allais pas rater cet anniversaire - et en très prestigieuse compagnie; Esther Rochon, Élisabeth Vonarburg, Alain Bergeron, Daniel Sernine, Joël Champetier et plusieurs autres parmi les meilleurs auteurs de genre au Québec. C'est tout un honneur pour moi car c'est certainement la publication où je partage le sommaire avec le plus grand nombre d'écrivains que j'admire autant.
Pour ma modeste participation - les nouvelles ne devaient pas dépasser 750 mots - j'ai choisi le sous-genre fantastique des objets maléfiques et je signe donc une nouvelle intitulée Erinnerungsobjekteinfluß.
Par un amusant tour du hasard, cette histoire (peut-être ma plus courte nouvelle publiée) est celle qui doit avoir le titre en un mot le plus long de mes publications.
Plutôt que de vous laisser tenter de trouver la traduction de ce terme, d'origine allemande (puisque la nouvelle se déroule à Berlin), je vous en offre un extrait:
«Certains parlent de magnétisme, de géobiologie, de psychométrie, d’autres d’ondes rémanentes ou d’empreinte énergétique, sans offrir d’explications convaincantes sur le sujet. Pourtant, mes clients payent des sommes considérables pour acquérir ces objets.»
Je vous invite donc à lire le reste dans Solaris 192, et vous pourrez en prime mettre la main sur 39 autres histoires!
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samedi 1 novembre 2014

L'héritage français, Sankara, Blaise et le Burkina aujourd'hui

Même si je n'y ai jamais mis les pieds, je m'intéresse toujours au Burkina Faso. Mon amie Suze y avait effectué en stage de coopération internationale en 2010, stage dont j'avais suivi les déroulements via son témoignage ainsi que celui de plusieurs de ses collaboratrices (et collaborateur) à cette époque.
Ce n'est donc pas une surprise pour qui suit ce blogue depuis un certain nombre d'années de constater que les événements actuels au Burkina m'interpèlent particulièrement. Et même si on ne connait rien du futur du Burkina Faso, pour ma part, je me réjouis de la fin du règne de Blaise Compaoré.

En 1991, Blaise Compaoré a été élu président du Burkina Faso lors de la première élection tenue après un référendum sur une nouvelle constitution. Il a alors dit que cette élection marquait le début de l'état de droit et de la stabilité politique du Burkina, que son pays venait de prouver qu'il avait opéré des changements significatifs pour son développement politique et économique.
Toutefois, il faut mentionner que cette élection a été boycottée par les partis d'opposition et que le taux de participation a été de 25,3%, en plus du fait que Blaise, jusqu'à il y a quelques jours, était toujours au pouvoir plus de 27 ans plus tard. En effet, il a été réélu en 1998, puis, après amendement à la constitution, rééelu en 2005 et en 2010. Il voulait cette année amender à nouveau la constitution pour se représenter aux élections présidentielles.
Pour la stabilité politique, Blaise avait donc raison en 1991, mais peut-on parler de développement politique et économique quand le même homme reste au pouvoir aussi longtemps et que malgré les milliards d'aide internationale, la très grande majorité des citoyens du pays demeurent très pauvres alors que l'élite est encore aussi riche?
Blaise, les médias le rappellent ces jours-ci, a pris le pouvoir lors d'un coup d'état (un putsch en fait), alors que le pays était gouverné par le Conseil National Révolutionnaire dirigé par Thomas Sankara. Avant le coup qui l'a porté au pouvoir, Blaise était le numéro 2 de ce régime issu de la révolution burkinabè.

Thomas Sankara avait pris le pouvoir en août 1983, avec le support des jeunes, des syndicats et de l'armée. L'idée derrière la révolution était de bâtir une meilleure société, avec une meilleure justice sociale et se séparant définitivement de l'héritage colonial français. Sankara était un homme éduqué, avec des idéaux de gauche, et désirait apporter des changements profonds dans la politique du Burkina (on doit d'ailleurs à son gouvernement le nom du pays). On parle ici de réforme agraire, de loi pour promouvoir l'égalité des genres, bref, de politiques progressistes.
Mais quatre ans après son arrivée au pouvoir et le début des changements qu'il avait proposé, Blaise a mené un coup contre son compagnon, un coup qui allait le mener au pouvoir, et voir Sankara assassiné au passage. Ce dernier, par ses réformes sociales au profit du plus grand nombre, s'était aliéné les intérêts français et la riche élite politique et économique du Burkina. Ceux-ci se sont rapidement rangés derrière Blaise Compaoré.
Compaoré a eu beau clamer poursuivre les idéaux révolutionnaires, personne n'a été dupe; ses politiques ont largement été influencées par les intérêts qui étaient au pouvoir avant la révolution de Sankara, et n'ont jamais cessé de s'aligner sur les modèles néolibéraux promus par le FMI et les intérêts occidentaux par la suite; privatisation et libéralisation de l'économie en tête de politiques à l'opposé des idéaux socio-économiques défendues par Sankara.

Blaise a donc pu profiter de l'appui tacite des pays occidentaux, ceux-ci étant très complaisant envers les dictateurs de facto quand ça fait leur affaire (les mêmes pays et institutions ont supporté d'autres leaders du genre tant que ça a fait leur affaire, avant de les condamner au moment opportun; les cas de Ben Ali, Moubarak, et même Khadafi ou Hussein viennent évidemment en tête).
Certes, la dictature politique de Blaise n'était peut-être pas aussi physiquement violente et répressive (quoi que je ne dispose pas d'informations fiables pour l'affirmer avec certitude - le Burkina Faso donnant tous les signes d'un pays pacifique de ce point de vue). Mais son régime n'a fait que lui profiter à lui et ses proches collaborateurs, ainsi qu'aux élites étrangères, sans jamais que les citoyens burkinabè n'aient d'espoir réels de voir leur situation s'améliorer.

C'est pourquoi je ne peux que me réjouir de voir que sa domination du Burkina semble se terminer cette semaine. Et au passage, je salue au moins son geste actuel (en espérant qu'il ne reniera pas par la suite) de ne pas s'accrocher au pouvoir à tout prix comme l'ont fait d'autres avant lui ailleurs dans le monde. Ce geste a le mérite de ne pas inutilement catapulter le pays dans un conflit certain.

Évidemment, l'incertitude qui accompagne de tels changements me fait craindre que d'autres forces et intérêts en présence n'en profitent pour usurper à leur tour le pouvoir, plutôt que ce ne soit les citoyens du Burkina Faso dans leur ensemble qui puissent retrouver le contrôle de leur pays et de leurs institutions. C'est le problème avec ce genre de régime aux apparences trompeuses de stabilité, il n'y a aucun mécanisme qui assure une transition ou une suite organisée et pacifique. De plus, l'exercice de 27 ans de pouvoir absolu a créé des tensions dans une population pauvre et exploitée, et il n'est donc pas anormal que ces tensions aboutissent à des actes violents. Si les gens qui s'emparent du pouvoir de transition ne tiennent pas compte de cet état d'esprit, le pays pourrait éventuellement sombrer dans la violence d'une guerre civile.

Dans un billet sur le contexte politique du Burkina écrit en 2010, je mentionnais: «Aujourd'hui, avec un taux de change fixé (unilatéralement) par la France entre le CFA (monnaie locale des pays d'Afrique de l'ouest, découlant de l'époque coloniale) et l'Euro, avec le Fonds Monétaire International exigeant des politiques de gestion néo-libérales et avec une politique fiscale et un niveau de corruption assurant une totale séparation entre les riches et les pauvres au pays, le Burkina Faso ne semble pas avoir de futur. Mais l'exemple de Sankara demeure, et peut-être qu'un jour, un politicien de la même trempe se lèvera et mènera le pays à sa véritable indépendance».

Reste donc à espérer que les gens qui auront l'opportunité d'exercer le pouvoir au cours des prochaines semaines et prochains mois aient la décence d'orienter le pays dans la bonne direction, et non de faire comme Blaise l'a fait avant eux, c'est-à-dire de profiter de cette opportunité pour s'installer confortablement dans sa chaise et opprimer encore et toujours le peuple burkinabè.

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Note:
La première partie de ce billet est inspirée de l'essai French Colonization and Political Powers in Burkina Faso: 1891-1991, par Suzie Nadeau, que je remercie de son aimable autorisation.
Les photos sont issues de billets précédents publiés en 2010 et ont été prises par Suzie Nadeau.
Autres sources et lectures suggérées:
Brittain, v. 1985. Introduction to Sankara & Burkina Faso. Review of African Political Economy. 32, pp.39-47.
Compaoré, B. 2006. Discours d’ouverture. Xe conférence des ambassadeurs et consuls généraux du Burkina Faso, 19 décembre 2006, Ouagadougou.
Englebert, P. 1996. Burkina Faso: Unsteady statehood in West Africa. Boulder, CO: Westview Press.
Harsch, E. 1998. Burkina Faso in the Winds of Liberalisation. Review of African Political Economy. 25(78), pp.625-641.
Martin, G. 1987. Ideology and Praxis in Thomas Sankara's Populist Revolution of 4 August 1983 in Burkina Faso. A Journal of Opinion, African Studies Association. 15, pp.77-90.
Sankara, t. 1985. The 'Political Orientation' of Burkina Faso. Review of African Political Economy. 32, pp. 48-55.
Wilkins, M. 1989. The Death of Thomas Sankara and the Rectification of the People's Revolution in Burkina Faso. African Affairs. 88(352), pp.375-388.

mercredi 22 octobre 2014

Politique étrangère, attaques... et médias pertinents

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les attentats de St-Jean et d'Ottawa vont faire réfléchir des gens sur la sécurité relative dans un pays d'occident qui s'implique directement dans des attaques militaires en pays étrangers (sans être une initiative de l'OTAN ou de l'ONU). C'est toujours ok quand la terreur, les bombes et les attaques individuelles se passent dans un autre pays, on écoute les informations distraitement et on passe à autre chose.
On discutera possiblement de la définition de terrorisme - je suis de ceux qui pensent que l'attentat de St-Jean relevait plus d'un acte criminel alors qu'il semble que celui d'Ottawa remplisse plus les critères d'un acte terroriste (vu la cible plus claire, le Parlement), même si pour le moment, on ne connait ni l'état d'esprit de ceux ayant commis ces actes, ni leurs motifs (bien qu'on puisse faire des conjecture vu leur auto-proclamations religieuses radicales).
[Ajout 23 octobre: Selon les infos disponibles ce matin, on dirait qu'il s'agit du même genre d'acte criminel, qui pour moi ne correspond pas à la définitions de terroriste, même si le criminel en question semble s'inspirer de sa religion pour agir et qu'il a littéralement semé plus de terreur sur son passage. Ceci devrait aussi nous faire réfléchir sur les ressources en santé mentale, puisque dans les deux cas, on parle de problèmes de santé mentale, ce qui reste évidemment à confirmer, mais qui demeure un problème où l'on coupe plus de ressources qu'on en fournit].
Une chose est certaine, les gens vont peut-être réaliser l'impact de cette politique de va-t-en guerre et l'impact la politique étrangère du Canada depuis quelques années (années conservatrices, clairement), tous sujets confondus. Il ne faut pas nous étonner (contrairement à la GRC, voir ci-bas) si certains radicaux locaux passent à l'action. Ça aurait pu arriver avant, c'est ce dossier-ci qui a allumé ces deux-là, ça pourrait aussi arriver dans le futur - toute l'histoire récente de l'approche de lutte au terrorisme à l'américaine nous prouve que ces effets secondaires sont prévisibles... Certains électeurs qui votent sans trop s'informer ou ne se rendent pas compte de ce qui se passe réaliseront peut-être que les gens qui sont élus prennent des décisions qui parfois, ont des répercussions ailleurs dans le monde, et que ces répercussions peuvent trouver écho au Canada par la suite. C'est parfois long avant de voir ce genre de choses arriver, et il est impossible (ou difficile dans la plupart des cas) de pouvoir établir avec précision des relations de cause à effet, mais ça fera peut-être réfléchir un peu plus les gens avant qu'ils ne votent, la prochaine fois.
Il est dommage que peu de journalistes mentionneront que les attaques visent le pouvoir décisionnel et l'armée mais font aussi leur jeu - on ne s'étonnera pas que la réponse des autorités sera certainement d'être encore plus ferme dans les décisions prises; on proposera d'augmenter la sécurité, même si ça réduit les libertés, on profitera peut-être des attaques pour justifier des frappes plus fortes à l'étranger ou le prolongement éventuel de la mission, etc. Il n'y rien de plus facile à manipuler qu'une population sous le choc (une théorie brillamment démontrée par Naomi Klein dans son livre The Shock Doctrine dont j'ai déjà parlé ici).
Sinon, pour l'heure, les médias sérieux tentent de nous informer avec un minimum d'informations révélées par les autorités canadiennes - rien de nouveau - et on apprend l'identité du suspect d'Ottawa via les médias américains... sans trop savoir si oui ou non il avait des complices... Ils arrivent malgré tout à remplir des heures d'information continue, un phénomène qui demeure incroyable en soi.
Les autres médias continuent de faire ce qu'ils font de mieux, c'est-à-dire de l'humour involontaire, en nous fournissant du matériel pour se détendre en rigolant un peu malgré l'aspect tragique de ces attaques. Quelques exemples dénichées en 10 minutes...


City News de Toronto offre une couverture avec bannière mélodramatique digne du Colbert Report ou du Daily Show de Jon Stewart. Tellement gros qu'on dirait une mauvaise blague.


Fox News attribue (à droite) à un "amateur" une vidéo tournée par le caméraman de radio-Canada...


... et se trompe de Parlement et de ville, en illustrant sa nouvelle avec des policiers de la SQ!


Le Journal de Québec fait de l'humour involontaire, entre carnage et Subway...


... mais ce même journal a trouvé le scoop le plus important pour rassurer les gens de Québec.


Quand au Journal de Montréal, il nous offre un pertinent reportage (voir nouvelle de gauche sur la capture d'écan).


Le journaliste Patrick Lagacé souligne sur Twitter la seule information fournie par la GRC en point de presse... information qui demeure un peu étonnante.
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dimanche 19 octobre 2014

Quand la nouvelle devient trop complexe pour les nouvelles, que penser?

Dans l'actualité locale québécoise et canadienne cette semaine, on retrouve la question de l'implication du pays dans la réaction aux actions de l'EI au Moyen-Orient. Personnellement, mon réflexe est de tenter de comprendre suffisamment la situation pour me faire une opinion quand à la participation du Québec et du Canada à la réaction internationale (1).
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Mon intérêt pour le conflit EI/Irak/Kurdes/Syrie découle de deux origines.
La première, c'est que je voyage, et qu'en le faisant en indépendant, je ne retrouve pas dans des enclaves touristiques bien léchées et externes aux villes ou populations locales. Ainsi, règle générale, je me retrouve dans le vrai monde, même si dans ce vrai monde, je visite souvent des lieux ou sites historiques ou d'intérêt touristique. C'est comme ça que j'ai souvent été - sans même le rechercher - témoin de manifestations, d'affrontements légers, ou de mouvements citoyens lors de mes voyages.
Ces voyages ont un autre effet - à part me faire voir le reste du monde tel qu'il est lorsque j'y mets les pieds - ils rapetissent ma planète. Quand on parle d'événements qui touchent directement un pays où je suis allé, la nouvelle m'interpèle personnellement, et pas qu'à un niveau humaniste ou politiquement intéressé, mais à un niveau vraiment personnel, puisque ces lieux font désormais partie de moi, de ma vie, des éléments qui font qui je suis.
La seconde origine vient de centaines de textes de sciences politiques que j'ai eu l'occasion (et le privilège) de lire dans les cinq dernières années, par l'accès aux revues scientifiques sur le sujet dont j'ai pu profiter via les études de ma conjointe. Pour un lecteur intéressé, avoir accès à des milliers de publications donne le vertige, mais procure aussi des lectures approfondies et de qualité supérieure à l'information qui nous est généralement accessible au quotidien.
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Je n'ai jamais mis les pieds en Irak, ni en Syrie, ni même dans la région que l'on pourrait appeler le Kurdistan (pour peu que l'on en reconnaisse l'existence qui chevauche quatre pays). Pourtant, j'ai récemment fait un court séjour en Turquie, où j'ai entre autres exploré le sud-ouest, à gauche sur la carte suivante: (Izmir, Soke, Bodrum et l'île grecque de Kos apparaissent sur la carte). Mon ami et compagnon de voyage Istvan s'est rendu jusqu'à Konya avant que je le rejoigne à Selçuk.


Les combats actuels les plus intenses se déroulent à Kobané (point rouge sur la carte), à la frontière entre la Syrie et la Turquie.
Je me sens donc interpelé par cette proximité à ma planète personnelle (l'univers que j'ai visité), mais aussi par la complexité des enjeux et acteurs du conflit, qui dépassent tout ce que les médias arrivent à nous transmettre. Je ne jette pas la pierre aux médias (et encore moins aux journalistes), c'est leur modèle d'information qui est en cause; il est absolument impossible d'expliquer ce conflit en topos de deux minutes ou en articles de 500 mots.
Si on se limite en plus aux informations en français (ou une seule langue, peu importe laquelle), les dossiers approfondis deviennent plus difficiles à dénicher.
Il est pourtant clair que le laisser-faire international dans la crise/rébellion syrienne a permis l'avènement de cette situation (et sa perte de contrôle), comme l'a fait l'intervention stupide (et ratée) des américains en Irak en 2003 et l'abandon du pays à son sort par la suite. Il semble aussi évident que la situation conflictuelle des kurdes en Turquie ait été sous-estimée et c'est peut-être cette situation qui permet le mieux d'illustrer, comme un microcosme du conflit global, la complexité de ce dernier.
Doit-on aider son ennemi - et même l'armer - pour combattre un pire ennemi commun au risque que notre ennemi se serve ensuite de ces armes contre nous? (2)
Question intéressante et représentative de la complexité de ce conflit.
En effet, le gouvernement turc se retrouve avec un dilemme difficile (voire impossible) à résoudre: Si elle aide à combattre l'EI (la Turquie condamne évidemment les actions de l'EI), elle renforce la position de son "ennemi intérieur" (qui combat la Turquie pour les droits des kurdes de ce pays et prône la création d'un état indépendant kurde). Et on ne parle pas ici de simple débat d'idées, ici, mais bien de combats, de mouvements d'armes, d'implication militaire (ne serait-ce que pour offrir un corridor humanitaire sécurisé).
Je n'ai évidemment pas la prétention de vouloir expliquer cette complexité ici, mais j'ai pour ambition de comprendre suffisamment la situation pour me faire une opinion quand à la participation du Canada à la réaction internationale.
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Si jamais la chose vous intéresse aussi, si vous aimeriez mieux comprendre ce qui se passe et pourquoi il est délicat et difficile de décider si on doit intervenir (et qui doit le faire, et comment), je vous suggère quelques pistes de lecture ici bas. Certains passages aident également à comprendre la responsabilité historique des pays de l'occident dans la situation, qui remonte au partage des restes de l'empire ottoman parmi les puissances coloniales à la fin de la première guerre mondiale.
Et comme on nous parle surtout de terroristes (3) quand on aborde la question des conflits aux Proche-Orient et au Moyen-Orient, il est toujours pertinent de rappeler que les héros des uns sont les terroristes des autres (et vice-versa) alors que la question est nécessairement plus complexe que ça; les échecs des interventions américaines dans leur guerre au terrorisme sont là pour nous le rappeler. L'actuelle situation en Irak vient douloureusement hanter nos voisins amateurs de solutions armées, au moment où ils frappent à notre porte pour les aider et les soutenir. Est-ce une bonne idée de le faire, et de la manière choisie par le gouvernement canadien?
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Notes:
(1) Actuellement, l'engagement du Canada découle d'une motion approuvée par le parlement canadien (majorité du gouvernement Harper qui a aussi imposé le bâillon) le 7 octobre dernier selon laquelle le pays s'engage dans des frappes aériennes (jusqu'à six mois) sans qu'il ne soit question de participer à des opérations terrestres. On apprend par contre que le mandat est plus large et comprend la fourniture d'armes à "des alliés dans le nord de l'Irak" (source: Radio-Canada ).
L'opposition officielle s'est prononcé contre ce plan d'action du gouvernement Harper, que le NPD qualifie d'improvisé et mal défini. L'opposition propose plutôt une réponse humanitaire (source: NPD).
La seconde opposition à Ottawa n'a pas non plus appuyé l'initiative du gouvernement Harper, mais ses propos sont ambigus, et le député Marc Garneau a déclaré qu'une fois la mission débutée, son parti appuierait les soldats canadiens (sources: PLC et deux articles du journal Le Devoir.
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(2) La question se pose pour la Turquie en ce moment, mais la même question s'applique à plusieurs des interventions américaines au Moyen-Orient (voir la guerre Iran-Irak, par exemple).
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(3) Gérard Chaliand rappelle d'ailleurs que «Les succès du terrorisme, à proprement parler, en Occident au cours des années qui ont suivi les attentats du 11 Septembre sont quoi qu’on dise très limités. On est loin des perspectives apocalyptiques annoncées par Oussama Ben Laden il y a une douzaine d’années. Nuisance coûteuse, le terrorisme international reste un phénomène surtout psychologique dont les médias garantissent le retentissement démesuré par rapport à ses effets physiques» (dans "Les jeux de l’échiquier au Proche et Moyen-Orient", NAQD, 2014, 31, p.83-93).
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Références - Médias traditionnels:
Trois articles sur la situation de la Turquie:
La Turquie veut-elle vraiment la paix avec les Kurdes? (France24)
Turquie : "Les Kurdes risquent de se retourner contre nous" (France24)
Pourquoi la Turquie ne vient-elle pas au secours des Kurdes? (Le Devoir)
Syrie:
Même si elle date de 2012, cette carte de l'opposition syrienne (et le court texte qui se retrouve au bas de la page) est intéressante et permet de saisir un peu mieux l'origine et la complexité de cette opposition au régime (Radio-Canada).
Le Kurdistan:
Une page Wikipédia qui résume assez bien l'histoire contemporaine de la région, en plus de détailler les grandes lignes du nationalisme kurde par pays. Ceci permet entre autres de saisir l'origine des kurdes syriens et leurs liens avec les kurdes turcs, en plus de comprendre que l'opposition entres kurdes de Turquie et le gouvernement turc remonte à la création même de la Turquie.

Références - Revues scientifiques:
Nationalisme kurde:
Les paradoxes du printemps kurde en Syrie, dans Politique Étrangère (2014/2, été, p.51-61)
Les Kurdes et l’option étatique, dans Politique Étrangère (2014/2, été, p.15-26)
Syrie:
La reconfiguration des espaces transfrontaliers dans le conflit syrien, Analyse Noria, février 2014 - disponible en ligne.
Le «cavalier seul» des Kurdes de Syrie, sur Orient XXI (un média intermédiaire entre journalisme et articles académiques) - mars 2014, article disponible en ligne.
La question kurde et la guerre civile syrienne (sur un carnet d'accompagnement de la recherche "Le Proche-Orient et la crise syrienne - paradigmes en débat") - disponible en ligne.
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mercredi 8 octobre 2014

Quand on refuse d'enquêter sur les criminels, mais plutôt sur ceux qui les ont dévoilé au grand jour

J'imagine que vous avez peut-être entendu parler de cette affaire, décrite par le journaliste Patrick Lagacé ce matin dans La Presse. Sinon, allez lire cet article, il est à la fois fascinant, révoltant, scandaleux et profondément inquiétant.
Ce qui y est rapporté, en gros, est un cas de police, qui intimide un journaliste (les menaces sont assez claires, d'accusations criminelles en plus) pour lui soutirer des informations sur ses sources. Or, cette police - qui utilise les fonds publics pour son enquête, évidemment - n'enquête pas sur une vaste affaire criminelle, oh que non, mais sur la/les personne/s qui ont fait en sorte que l'on sache qu'il y avait affaire criminelle.
Si on avait besoin d'un exemple plus patent que la SQ soit une police politique, on a la ministre responsable de la SQ (sécurité publique) qui suggère au journaliste de porter plainte en déontologie. Ha, ha, ha. On sait tous ce que donnent les plaintes en déontologie, les polices qui enquêtent sur la police... [On ne rappellera jamais assez que la célèbre 728 n'a jamais été blâmée pour son rôle pendant le conflit étudiant]. Cette ministre irresponsable ne s'inquiète ni de la manoeuvre d'intimidation (une spécialité du gouvernement Couillard on dirait), ni du fait que les enquêteurs perdent leur temps à courir après la personne grâce à qui on a été informé, ni encore (et c'est pire) des mensonges que les enquêteurs répandent un peu partout pour discréditer le professionnalisme du journaliste en question en tentant de le couper de ses sources par la même occasion!
J'éprouve un fort sentiment de dégoût devant autant de cynisme de la part de la police et du pouvoir, un profond écoeurement devant autant d'arrogance à nous voler, d'abord, à camoufler le crime ensuite, puis et à ne même pas se cacher pour montrer qu'on n'enquêtera pas sur le crime mais sur celui qui a révélé le camouflage. Et qui paye les voleurs et ceux qui sont payés pour ne pas enquêter à leur sujet? Hehehe, vous et moi, évidemment.
On se souviendra pourtant que ni la Commission Gomery ni la Commission Charbonneau n'auraient eu lieu sans le travail de journalisme d'enquête. Évidemment, ni la SQ ni le gouvernement Libéral (dont le placard est encore plein de squelettes puisque la commission Charbonneau a habilement évité leur cas en refusant d'appeler les personnes cités à témoigner devant elle) n'a avantage à ce que l'on sache pourquoi la SQ n'enquête jamais sur le politique.
Que diriez-vous si au lieu de poursuivre les Acurso, Vaillancourt et compagnie, responsables de nombreuses fraudes et de vols d'argent public, on poursuivait plutôt Alain Gravel, l'animateur de l'émission Enquête grâce à qui ont a appris les faits originalement? Ben dans le cas qui occupe Lagacé, c'est pas mal ça qui arrive.
La police et le monde politique au Québec sont rendu très très bas. Dé-gue-lasse.
Après les soulèvements du printemps érable et des mouvements qui ont suivis, j'ai encore du mal à comprendre comment les québécois ont pu se rembarquer aussi vite pour des années avec le PLQ et toute ces manipulations et corruptions de nos systèmes supposément démocratiques.
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jeudi 18 septembre 2014

Une pensée pour mon arrière-grand-mère Yvonne

Yvonne MacDonald, qu'elle s'appelait, mon arrière-grand-mère... une écossaise, d'où le fait que je pense à elle plus spécialement aujourd'hui, où je me sens plus écossais que de coutume :-)
Pour elle, ce souvenir de mon passage à Édimbourg.


lundi 15 septembre 2014

Deux ans plus tard... Une question refait surface.

Note: Il est rare que ce blogue commente directement des sujets d'actualités, mais en cette fin d'été, deux sujets sur lesquels j'ai déjà écrit m'interpèlent (l'Ébola était le premier, celui-ci est le second sujet), d'où ce billet.
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J'ai été tenté de chercher un agent de police qui appréciait l'ironie d'avoir à se battre contre les mesures néolibérales imposées par le gouvernement du PLQ qui monte l'opinion publique contre les policiers (et autres employés du secteur public) à grand renfort de mensonges ou de semi-vérités (*). Évidemment, c'est plus facile pour les policiers, en plus, ils n'ont personne pour les empêcher de manifester, ou pour leur taper dessus et les arrêter sans motif valable (**).

Mais l'ironie de la situation du conflit des pensions des employés du secteur public, elle me rappelle autre chose.
C'est qu'au cœur de la crise sociale qui a secouée le Québec dans la foulée du Printemps étudiant de 2012, j'avais évoqué sur ce blogue - dans le cadre d'un billet sur le risque d'effritement social – le danger derrière l'idéologie néolibérale soutenant les arguments du gouvernement pour implanter la hausse des frais de scolarité.
Ainsi, dans une réponse à un proche me demandant de «passer à autre chose» (un proche qui n'était pas directement touché par la hausse, bien sûr, mais qui était fatigué d'en entendre parler), j'avais répondu ceci :

«... Là, les politiques néo-libérales touchent les droits de scolarité et la contribution santé. Plus tard, ça sera la RRQ, puis, qui sait, la CARRA? Ne pensez surtout pas que ça ne peut pas arriver; les mêmes politiques contrôlées par les grands financiers ont justement implanté exactement cette politique (équivalent de coupure des prestations de CARRA de 50%) aux grecs. Ça se passe aussi ailleurs dans le monde. Quand ça arrivera ici, si jamais tu n'es pas dans la rue avec moi, tu seras peut-être content que j'y sois toujours, et que je ne sois pas passé à autre chose.»

Je me demande si, en cet automne 2014, deux ans après le chaud été 2012, il se souvient de mon intervention d'alors. Certes, comme il est déjà retraité de la fonction publique, le projet de Loi 3 ne le touche pas plus directement que la hausse des frais de scolarité de 2012, mais il doit bien se rendre compte (j'espère) que ce projet de Loi est un pas dans la même direction... et que ce pas est fait dans la direction des fonds de retraite dont il bénéficie justement aujourd'hui. Évidemment, le projet de Loi 3 ne coupe rien aux retraités actuels, mais c'est un pas dans la direction que j'évoquais en 2012 et il aura été franchi en deux ans seulement.
Le pas suivant viendra donc inévitablement.
Une fois que les principes directeurs sont acceptés, rien ne permettra d'empêcher le gouvernement libéral de continuer son chemin. D'ailleurs, l'argument demeure le même: on nous rabat sans cesse l'idée que le Québec n'a pas d'argent, alors que le gouvernement Libéral a offert des congés fiscaux aux grandes entreprises, aux pétrolières, aux gazières et aux banques depuis son arrivée au pouvoir en 2003, et ces congés perdurent depuis (***).
Entre temps, comme je l'évoquais dans mon commentaire de 2012, les coupures dans les pensions ont commencé ailleurs, donc rien n'empêchera d'évoquer ces exemples pour faire de même ici à court ou moyen terme. En Espagne, on a éliminé l'indexation des pensions en 2010 et augmenté les impôts (et les taxes à la consommation) en 2012. La Grèce a coupé de 50% (en deux étapes) les pensions versées aux retraités de sa fonction publique. On me dira qu'il s'agit d'exemples dans des pays aux finances désastreuses (même si cet état de fait a profité aux financiers ayant permis et causé la crise, mais c'est une autre histoire), alors je mentionnerai le Royaume-Uni, dont le Ministre des Finances (Chancellor) a annoncé que le régime de pension devrait subir des coupures en 2015.
Ici même, depuis 2012, on voit déjà des signes que l'on va s'attaquer aux pensionnés éventuellement; le Régime de sécurité de la vieillesse (Pension du Canada), universel, a déjà été modifié en 2013 et les citoyens comme moi ne pourront toucher cette pension avant 67 ans - alors que l'âge donnant droit à cette prestation était auparavant de 65 ans. Cette mesure me privera d'un revenu de pension de plus de 12 000$, alors c'est quand même une coupure importante, même si elle n'a pas été présentée comme une coupure. On incite aussi les canadiens à repousser cette pension de 5 ans (donc la demander à partir de 72 ans dans mon cas) en bonifiant les montants, un privilège dont seuls les mieux nantis pourront profiter. Et au Québec, la commission de révision des programmes ne suggèrera certainement pas de conserver intacts les régimes comme la RRQ ou les acquis des pensionnés de la CARRA. On ne coupera pas cette année, pas aussi directement, mais on commencera à parler de réforme, de modifications, de manque à gagner, et on implantera lentement l'idée jusqu'au jour où l'on dira que ces coupures sont inévitables. (C'est une technique éprouvée qui a été utilisée par de multiples gouvernements de droite pour imposer l'austérité aux classes moyennes et inférieures sans mettre leur réélection à risque).
Je me demande réellement si celui qui m'avait interpelé en 2012 saisi l'ironie de la situation, si ça l'inquiète et s'il espère que des gens s'opposeront à cette idée, lui dont la retraite, le niveau de vie et la qualité de vie dépendent en partie d'une pension de la CARRA. Je n'irai pas jusqu'à demander si dans sa circonscription de région, il a voté pour le candidat Libéral (Philippe Couillard)...
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(*) Voir l'excellent l'Épreuves des faits, qui rappelle que la pension des députés de l'Assemblée Nationale est la plus généreuse de toutes les pensions du secteur public au Québec, régime auquel le projet de Loi 3 ne s'attaque évidemment pas.

(**) La semaine dernière, plus de 500 manifestants arrêtés pendant le Printemps Érable - en mai 2012 - ont vu leur cas abandonné par la couronne, faute de dossier probant.

(***) Pendant le court laps de temps où le PQ a été au pouvoir, minoritaire, il a vaguement tenté de s'attaquer à cet aspect de la fiscalité, mais s'est rapidement fait montrer le chemin à suivre et a reculé, avant de perdre ses élections un an plus tard.
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