dimanche 1 mars 2015

Hibernation

Petit puzzle, 3000 morceaux.









samedi 21 février 2015

Mes prédictions pour les Oscars

Après la publication de mes choix personnels pour les Oscars, voici maintenant le jeu, plus difficile, des prédictions. Nonobstant donc mes choix personnels, voici ceux que je pense que l'Académie fera. (Ces prédictions sont basées sur l'expérience des oscars, les autres prix remportés par les nominés, et l'historique des Oscars eux-mêmes).
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Meilleur acteur: Eddie Redmayne, The Theory of Everything. Même si Michael Keaton a des chances, et certains prédisent une surprise causée par Cooper à cause de l'intérêt public et journalistique/politique de American Sniper (je ferme ma télé si ça se produit, mais je ne m'inquiète pas, il n'était même pas nommé aux SAG), je demeure convaincu que Redmayne, gagnant du Screen Actors Guild cette année est la prédiction claire. Historiquement, une bonne interprétation d'un personnage aux prises avec un handicap physique est toujours garant d'une bonne réception par l'académie. Même s'il ne s'agit pas des meilleurs indicateurs, Redmayne a aussi remporté le Golden Globe et le BAFTA en plus d'une série de plus petits prix ou festivals. Une prédiction assez solide, donc, d'après moi.

Meilleure actrice: Juliane Moore, Still Alice. Aussi un rôle de personnage aux prises avec un handicap, ici pas au sens premier, mais tout de même, un personnage aux prises avec la maladie d'Alzeimer qui a des impact physiques dégénérescents. Elle aussi a remporté le Screen Actors Guild Award et en est à sa cinquième nomination aux Oscars, sans jamais avoir été récompensé. Tout ceci est une belle recette pour qu'elle l'emporte cette année (elle a aussi gagné le Golgen Globe et le BAFTA). En plus, Marion Cotillard et Reese Witherspon ont déjà remporté un Oscar. Felicity Jones et Rosamund Pike en sont à une première nomination (et n'ont remporté aucun autre prix cette année). Une prédiction très solide en faveur de Julianne Moore, donc.

Meilleur acteur - rôle de soutien: J.K. Simmons, Whiplash. Ici, ma prédiction rejoint mon choix personnel. Même s'il en est à sa première nomination aux Oscars, Simmons a littéralement remporté tous les prix d'interprétation grâce à ce rôle exceptionnel (incluant la SAG, mon indicateur de prédilection aux Oscars pour les catégories d'acteurs). Tous les autres pourraient toutefois causer une surprise. Edward Norton, avec sa 3e nomination (mais il n'a jamais obtenu d'Oscar) joue dans un film aux très nombreuses nominations et Robert Duvall a une longue et magnifique carrière derrière lui, mais il a déjà gagné l'Oscar, même s'il y a plus de 25 ans. Ethan Hawke accomplit une sorte d'exploit, dans un film parmi les grands favoris, et il en est à sa 4e nomination sans avoir remporté d'Oscar, et Mark Ruffalo en est à sa seconde nomination en 6 ans, toujours sans statuette lui aussi. La forte impression ressentie lors du visionnement de Whiplash, couplée aux prix remportés par Simmons et par le fait qu'à part Duvall (le seul déjà oscarisé de la catégorie cette année), les autres sont tous plus jeunes que Simmons, tendent à confirmer que cette prédiction demeure assez solide malgré la compétition serrée.

Meilleur actrice - rôle de soutien: Patricia Arquette, Boyhood. Il n'est pas dit que Boyhood repartira les mains vides, même si Ethan Hawke verra l'oscar lui échapper, l'Académie reconnaîtra la difficulté de jouer dans ce film pour un acteur adulte via la performance d'Arquette. Une première nomination, mais elle a remporté les prix majeurs jusqu'ici (incluant la SAG). La catégorie est moins serrée que sa contrepartie masculine cette année. Streep a remporté plusieurs Oscars et Kiera Knightley (seconde nomination) est encore jeune et son rôle était beaucoup moins impressionnant. Laura Dern dans Wild (tout comme Reese Witherspoon dans sa catégorie) montre à quel point Jean-Marc Vallée est apprécié à titre de directeur d'acteurs, mais comme il a eu son moment de gloire à ce titre l'an dernier (ses acteurs l'avaient tous deux emporté), les chances de Dern sont plus faibles. Reste Emma Stone, qui pourrait causer une surprise, mais sa jeunesse et l'absence d'autres prix jouent contre un tel scénario et dans son cas, c'est une première nomination, l'Académie se dira qu'elle a encore bien du temps devant elle. Patricia Arquette semble donc une prédiction plutôt certaine ici.

Meilleur scénario (adapté): The Imitation Game. La catégorie la plus difficile à prédire d'après moi cette année. Votre prédiction sera certainement aussi bonne que la mienne, sauf peut-être Inherent Vice dont c'est la seule nomination. Je ne pourrais pas croire que American Sniper gagnera (ça porterait à mes yeux un sérieux coup à la crédibilité des Oscars, vu la prévisibilité et les clichés du scénario comme des dialogues). Reste donc The Imitation Game, The Theory of Everything et Whiplash. D'un côté, The Imitation Game est le seul parmi les trois à avoir reçu une nomination aux Writers Guild (et celui qui a remporté le prix)... mais les scénaristes sont loin d'être majoritaires à voter à l'Académie. Whiplash pourrait donc causer une agréable surprise ici, vu l'aspect moins conventionnel de son scénario, mais, c'est The Theory of Everything qui a remporté le BAFTA, alors c'est un peu un hasard que de tenter de prévoir le vote de l'Académie.

Meilleur scénario (original): The Grand Budapest Hotel. Même prédiction que mon choix. Je rejoins ici aussi le gagnant du BAFTA, du Writers Guild Award et des Golden Globe. L'Académie ne laissera pas repartir les mains vides un film avec autant de nominations (9). Le reste du vote se divisera probablement entre Birdman et Boyhood, les deux autres grands favoris des Oscars cette année. Nightcrawler a un scénario vraiment intelligent, mais le film a été un peu boudé par l'Académie (c'est sa seule nomination, Jake Gyllenhaal méritait une nomination comme meilleur acteur) et Foxcatcher, malgré un cocktail de nominations, n'est pas nominé comme meilleur film, un mauvais signe règle générale. Cette prédiction demeure donc relativement sure, même si elle n'est pas aussi solide que certaines autres.

Meilleure réalisation: Alejandro Gonzalez Inaritu, Birdman. La grande question ici: que décidera de reconnaître l'Académie? Le tour de force de Linklater pour Boyhood, ou l'inventivité de Inaritu pour Birdman? Très difficile de trancher entre les deux. Toutefois, même si on aurait pu croire que l'oscar irait à Linklater, Inaritu a remporté le Directors Guild Award, un indice assez solide pour prédire l'Oscar dans cette catégorie par le passé. Les autres ne sont tout simplement pas dans la course, donc la difficulté de la prédiction ici est de faire le choix entre les deux principaux prétendants au titre. Linklater en est tout de même à sa 3e nomination sans Oscar (Inaritu sa seconde, sans Oscar lui non plus) et Linklater a remporté le Golden Globe, mais je préfère le WGA comme indicateur plus solide de prédiction, vu le nombre de membres de l'Académie qui y votent également. Bref, une prédiction, mais qui pourrait aller aussi bien d'un côté que de l'autre, le choix de Inaritu n'étant qu'à peine mieux supporté par les signes précurseurs aux Oscars.

Meilleur film: Birdman. Cette catégorie demeure un mystère pour qui veut jouer aux prédictions, mais je penche pour Birdman. Ici aussi, comme dans la catégorie précédente, la lutte se fait essentiellement entre Birdman et Boyhood, les deux films les plus originaux de l'année. En vrac, les faiblesses des autres nominés: The Grand Budapest Hotel n'a pas de nomination côté acteurs, Selma n'a aucune autre nomination, The Theory of Everything, The Imitation Game et Whiplash seront récompensés dans des catégories individuelles, American Sniper n'aurait jamais dû se retrouver en nomination. Comme aucun des deux principaux concurrents ne remportera le scénario (d'après moi) ni aucun des acteurs (sauf Patricia Arquette), bien difficile de croire qu'un des deux films fera donc une vague vers l'Oscar du meilleur film. Je crois que l'Académie remettra l'Oscar à celui qui aura remporté l'Oscar du meilleur réalisateur. Par le passé, c'était un indicateur assez fiable en cas de course serrée, mais depuis Argo (Oscar du meilleur film sans nomination pour son réalisateur, une première en plusieurs décennies), l'affaire n'est pas aussi claire. Il se pourrait bien que plusieurs votant récompensent le réalisateur d'une part et le film de l'autre, créant alors une situation où une de mes deux prédiction tombe automatiquement alors que l'autre s'avère exacte par la même occasion. Si jamais l'Académie choit plutôt Boyhood pour les deux catégories, alors je perd deux prédictions, mais elles sont tout de même basées sur un ensemble de facteurs (nombre de nominations, prix remportés cette année auprès des guildes), qui favorisent légèrement Birdman.
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Voilà donc mes prédictions. Solides certitudes du côté des acteurs et actrices, et assez solide pour le scénario original, mais dans les trois autres cas, malgré mes efforts de prédiction, je pourrais bien être à côté des raisonnements et préférences de l'Académie, même si mes réflexions sont basées sur l'expérience de ce genre de choses. Dernière prédiction: je ne raterai pas plus de deux catégories sur les trois qui me paraissent plus incertaines, sinon, je serai fort surpris. Enfin, comme mes choix diffèrent de mes prédictions dans la moitié des catégories, je ne serai pas déçu s'ils ne l'emportent pas au profit de mes prédictions (ou si mes prédictions d'avèrent ratées au profit de mes choix personnels).

Et de votre côté, quelles sont vos prédictions? Où divergeons nous d'opinion? Quels arguments sous-tendent vos prédictions?
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Mes choix pour les Oscars

C'est un peu devenu une tradition, donc malgré mon silence sur ce blogue depuis quelques mois, voici donc mes choix personnels pour les Oscars de 2015 (films de 2014), en rappelant aux nouveaux lecteurs qu'il ne s'agit pas de prédictions - je devrais publier mes prédictions dans un billet à part avant la cérémonie.
Je ne retiens que les huit catégories majeures puisque d'une part, je n'ai pas vu tous les films dans les catégories spécifiques comme films étrangers, documentaires ou courts métrages et que d'autre part, je n'ai pas la prétention d'avoir la compétence de juger les meilleurs au niveau technique pointus comme le montage son, les costumes ou le design de production, où je ne demeure qu'un amateur.
Quand on parle de scénario, de réalisation et de performance d'acteurs, par contre, j'ai la prétention, comme auteur et comme cinéphile averti depuis quelques décennies, de savoir un peu plus de quoi je parle.
Voici donc mes choix personnels pour les Oscars cette année - choix qui sont évidemment limités par les mises en nomination (avec lesquels je ne suis pas nécessairement d'accord, mais je joue le jeu officiel).
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Meilleur acteur: Michael Keaton, dans Birdman. Je n'ai pas vu la performance de Steve Carrel dans Foxcatcher, qui est sorti des salles avant que je ne l'y attrape, et n'est pas encore disponible à la location avant la cérémonie des Oscars. Mon choix porte donc sur les 4 autres nominés. Même si j'ai beaucoup apprécié la performance de Eddie Redmayne en Stephen Hawkins et que je saisis la difficulté d'interpréter un personnage complexe aux prises avec ces limitations physiques, j'ai plus apprécié encore la difficulté de faire passer les idées, émotions et sentiment de personnages moins physiques comme ceux interprétés par Keaton dans Birdman et Benedict Comberbatch dans The Imitation Game. Mon hésitation était donc essentiellement entre ces deux acteurs que j'ai trouvé absolument fabuleux dans leurs rôles respectifs. J'ai rejeté immédiatement Bradley Cooper (un acteur que j'aime pourtant beaucoup) car bien qu'il ait su offrir une performance correcte dans un mauvais film (American Sniper), on est très loin des performances qui méritent normalement une nomination, encore moins un Oscar. Si mon choix s'est finalement porté sur Michael Keaton, c'est parce que je ne vois vraiment pas comment un personnage aussi complexe aurait pu être porté par un autre acteur avec autant de subtilité et d'abnégation, des qualités que l'on observe plutôt rarement au cinéma dans un état aussi brut. On voit souvent des acteurs enlaidis ou dépouillés pour des rôles, mais plus souvent qu'autrement, on ressent quand même l'aspect artificiel de ce dépouillement, alors qu'ici, Keaton semble complètement effacé au profit de son personnage. Comme celui-ci est un acteur en recherche d'authenticité, la symbolique de sa présence dans ce rôle, jumelée à cette abnégation devient transcendante et mérite donc un Oscar.

Meilleure actrice: Felicity Jones, dans The Theory of Everything. Je n'ai malheureusement pas eu le temps de voir tous les films, donc n'ai pas vu Marion Cotillard dans Deux jours une nuit. Le choix de Julianne Moore paraîtra plus évident à l'Académie, avec les difficultés inhérentes à jouer une personne aux prises avec la maladie d'Alzeimer - et de jouer l'évolution de cette maladie. Mais une fois de plus, comme pour mon choix du meilleur acteur, j'ai préféré la difficulté de jouer des sentiments - et l'évolution de ces sentiments - plus intériorisés et difficiles à rendre à l'écran qu'offre Felicity Jones dans un rôle subtil qu'elle rend avec une intensité qui n'en fait jamais trop. Les deux autres nominations portent sur des interprétations plus physiques. C'est une évidence pour Reese Witherspoon dans Wild, où il y a justement ce genre de dépouillement volontaire que j'évoquais ci-haut. C'est aussi le cas, de mon point de vue, pour le rôle de femme douce et parfaite mais peut-être psychopathe de Gone Girl interprétée par Rosamund Pike. Dans ce dernier cas, les trous et incohérences dans le scénario nuisent à mon appréciation du personnage lui-même, dont je n'arrive pas à croire totalement; ceci m'empêche donc de voir l'interprétation de ce personnage comme un exercice méritoire d'un Oscar. Mon choix se porte donc sur Felicity Jones, qui joue avec brio la jeune fille amoureuse, la femme aimante et dévouée, celle usée par les efforts et les difficultés de la vie, le tout sans mélo ni cliché, et dont l'amour s'étiole au fil des ans et face aux difficultés, mais qui souffre également de la perte de ce sentiment que des épreuves auxquelles doit faire face son couple inhabituel. C'est d'ailleurs la première des nominations que j'ai vu, et aucune de autres n'est parvenue à influencer ce choix personnel.

Meilleur acteur - rôle de soutien: J.K. Simmons, dans Whiplash. Je souffre encore une fois de ne pas avoir tout vu dans cette catégorie, puisque l'un des nominés est issu de Foxcatcher comme Carrel dans la catégorie du meilleur acteur. Parmi les quatre autres, le choix s'est avéré particulièrement difficile. J'ai adoré le jeu d'Edward Norton dans Birdman, qui travaille sur plusieurs niveaux - un acteur jouant un acteur mais aussi le personnage que ce dernier joue dans une pièce et les relations qu'il entretient avec la troupe et l'impact de sa personnalité sur la pièce et le jeu des autres. D'un autre côté, j'ai trouvé fascinante de naturelle l'interprétation de Ethan Hawke dans Boyhood. Ce film unique suit ses personnages sur une douzaine d'années, mais avec les mêmes acteurs dans un tournage qui a duré douze ans, donc sans changements ou maquillages majeurs pour simuler le passage du temps. L'effet du film avec les personnages de jeunes enfants est incroyable, mais fait oublier la difficulté pour des acteurs adultes de revenir au fil des ans à leurs personnages, d'en retrouver l'essence et de les faire évoluer, tout en conservant leur jeu pour que ces personnages apparaissent cohérents et crédibles au cinéphile qui voit l'ensemble de ces douze ans sur un visionnement de quelques heures. Un véritable tour de force d'acteur, que Hawke accomplit avec ce qui semble une facilité naturelle qui force l'admiration. C'était le bon acteur pour cet exercice, remarquez, lui qui avait effectué des retours sur personnages similaires dans le triptyque des Before avec Julie Delpy. Enfin, si j'ai choisi Simmons dans Whiplash, c'est en partie parce que le film m'a jeté par terre tellement l'ensemble est fort, énergique, étonnant, et que cet effet doit énormément à l'interprétation d'un personnage de mentor qui devrait être particulièrement antipathique, mais que l'on n'arrive pas plus que le personnage de son élève à détester réellement et profondément. La profondeur du personnage - malgré les apparences initiales - est également rendu avec brio par Simmons, qui porte ce film vers un niveau qu'il n'aurait pas atteint autrement.

Meilleur actrice - rôle de soutien: Emma Stone, dans Birdman. C'est l'année où par hasard, je n'aurai vu le total des performances dans aucune des catégorie d'acteurs. Ici, c'est Meryl Streep qui m'a échappé. Pour moi, cette catégorie a été beaucoup plus facile que les autres, puisque bien que j'aie apprécié les performance de Keira Knightley dans The Imitation Game, j'ai tout de même été surpris qu'elles soit en nomination. Mon choix a donc été une hésitation entre Patricia Arquette dans Boyhood - pour les mêmes raisons évoquées dans ma réflexion sur la performance de Ethan Hawke ci-haut - et Emma Stone dans Birdman. Si mon choix personnel s'est posé sur Emma Stone, c'est essentiellement parce qu'elle y est étonnante dans un rôle qui somme toute, aurait pu être mineur dans le film, mais qui prend toute sa place grâce à ses yeux immense, sa retenue, l'excentricité et la truculence qu'elle apporte à un personnage qui aurait pu autrement ne servir que de faire-valoir aux deux rôles masculins défendus par Keaton et Norton. C'est aussi le genre de performance qui semble se nourrir de celle de ces confrères, et ce genre d'énergie est loin de se produire aussi souvent que l'on pense.

Meilleur scénario (adaptation): Whiplash. Il est toujours difficile de juger de scénarios adaptés dont on n'a pas lu le matériau d'origine, mais cette année, tous les films en nomination sont sur un pied d'égalité en ce qui me concerne, puisque je ne connaissais aucun des livres (ou courts) dont ils sont tirés. Je ne peux donc juger de la qualité d'adaptation elle-même, mais je peux néanmoins juger de la qualité du scénario. Comme je n'ai pas encore vu Inherent Vice, mon choix doit donc porter sur les quatre autres. J'élimine facilement American Sniper, dont je ne comprends même pas la nomination; un scénario prévisible rempli de clichés, aveuglément patriotique, manichéen, aux dialogues simplistes et risibles. Reste donc tout de même trois bons films parmi lesquels deux sont tout de même des scénarios plus conventionnels explorant tous deux - par hasard - la vie et les activités professionnels de génies scientifiques. J'ai préféré The Imitation Game à The Theory of Everything, ce dernier adoptant plus clairement la structure narrative d'un film biographique-romantique dont je ne remets pas en cause l'excellence, mais qui est par ce choix-même, un peu moins original côté scénario ou dialogues. Il faut dire que l'aspect polar historique de The Imitation Game n'avait rien pour nuire à mon appréciation du film ou de son intrigue passionnante. Si au final, je leur ai préféré Whiplash, c'est parce qu'il faut un scénario particulièrement fort pour rendre cette histoire somme toute assez simple de mentor qui va (peut-être) trop loin pour pousser ses élèves vers l'excellence. Mais c'est surtout pour la qualité incisive de ses dialogues, coupés au couteau et dont chaque réplique semble frapper droit au but, une qualité qu'on ne retrouve pas systématiquement aux Oscars.

Meilleur scénario (original): The Grand Budapest Hotel. Un choix très personnel ici dans une catégorie extrêmement forte cette année, avec des scénarios aussi brillants que Birdman (qui jumèle avec brio des dialogues d'une précision chirurgicale à une réflexion sur l'incursion du cinéma au théâtre) ou encore Nightcrawler qui juxtapose un polar particulièrement efficace à une réflexion sur le rôle des médias dans notre société. Tel que mentionné plus haut, je n'ai pas vu Foxcatcher et l'exploit de Boyhood, aussi bien scénarisé soit-il, repose plus sur son concept (tournage sur douze ans avec acteurs qui vieillissent pour de vrai) que sur l'histoire qu'il raconte, même si cette évolution du personnage principal est bien écrite et bien rendue. Si mon choix porte donc sur The Grand Budapest Hotel, c'est qu'en plus de raconter une histoire aussi drôle et intéressante qu'imprévisible et tarabiscotée, c'est définitivement le scénario et les dialogues les plus originaux (au sens premier du terme) de cette cuvée. J'inclus aussi dans ce scénario la manière de raconter cette histoire particulièrement tordue (les tiroirs d'ellipses et de flashbacks par exemple) et la réflexion qui accompagne l'histoire principale concernant les traditions et les impacts politiques sur les vies individuelles.

Meilleur réalisation: Alejandro Gonzalez Inaritu, Birdman. après tout ce que j'ai écrit de bien sur Boyhood et son concept unique, sur The Grand Budapest Hotel et le plaisir de cinéphile que produit son visionnement et sur The Imitation Game et son efficacité doublée de performances d'acteurs remarquables, vous pouvez imaginer combien il a été difficile pour moi de sélectionner un réalisateur qui se démarque cette année... Si j'ai choisi Inaritu, c'est pour les multiples talents dont il fait preuve dans Birdman. La direction d'acteurs, d'abord, qui est d'ailleurs évidente au nombre d'acteurs qui ont obtenus une nomination (et dont deux font partie de mes choix pour l'Oscar), mais la forme qu'il a donnée au film. En effet, ce long pseudo-plan séquence donne l'impression que le film a réellement été tourné d'un seul coup en ne faisant que suivre les personnages (un effet de réel jamais observé de cette manière là auparavant par ce cinéphile-ci). Plus encore, le mouvement constant de la caméra ajoute un niveau à ce film dont le sujet est justement l'incursion du cinéma au théâtre; Inaritu, en plus de rendre sa caméra mobile, évite du même coup de donner à son film l'aspect un peu figé du théâtre filmé. Enfin, cette forme est une première; jamais je n'avais vu un film de cette envergure tourné de la sorte, une originalité qui à elle seule mérite reconnaissance, surtout quand on note que se mêlent à ces pseudo-plans séquences des scènes de télékinésie et autres envolées lyriques manipulées avec brio.

Meilleur film: Birdman. Avec des acteurs formidables, une réalisation absolument brillante, un scénario subtil et à plusieurs niveaux, Birdman est le film qui combine le mieux tous les ingrédients qui font d'un bon film un grand film. Boyhood est également un exploit à sa manière, mais dans son cas, le scénario est un peu moins original et la réalisation demeure en retrait et plus conventionnelle. The Grand Budapest Hotel demeure à mes yeux un des meilleurs films de 2014 et un film à voir et revoir avec grand plaisir, mais reste moins transcendant que Birdman. Je n'ai pas eu l'occasion de voir Selma avant la cérémonie, Whiplash est un film percutant mais dont l'idée de base (relation mentor/élève) n'est pas une nécessairement une nouveauté, et j'ai réellement détesté American Sniper. Quand aux deux autres films en nomination - les excellents The Imitation Game et The Theory of Everything, aussi bons soient-ils, ils demeurent d'une facture classique, une manière traditionnelle de raconter une histoire au cinéma. Pour moi, Birdman s'élève à un autre niveau et comme ce genre d'exploit n'arrive pas nécessairement à chaque année, ce choix s'impose donc de mon point de vue.
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Voilà donc pour mes choix personnels... Un billet sur mes prédictions (plus court, le temps presse) devrait suivre sous peu.

Et vous, quels sont vos choix personnels?
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mercredi 31 décembre 2014

Au revoir 2014; mes souhaits pour 2015

Voici une autre année qui s'achève, une très bonne année en ce qui me concerne.
Pour moi, l'année 2014 a débuté avec la publication de mon journal de vacances à Cuba, terminées à peine quelques heures avant le début de l'année.
Puis, c'est en Équateur que je me suis rendu, pour plusieurs semaines, afin d'entamer une réflexion sur mon premier projet de coopération, qui avait eu lieu dans ce pays dix ans plus tôt.
L'Équateur m'aura permis - 7 ans après mon dernier séjour sur ses terres - de revoir Quito, mais surtout mes amis Evelyn et Leandro, et Nely, puis les enfants de Lloa (mes anciens élèves devenus grands et les nouveaux enfants de l'école) et enfin, vivre à nouveau avec ma famille équatorienne, les Mueses.
Mes voyages de 2014 m'ont aussi permis de voir les vestiges de l'une des ancienne merveille du monde antique (le Temple d'Artemis) et de visiter deux des plus complexes sites de l'époque romaine (Ephèse et Pompéi). Ne serait-ce que pour ça, 2014 serait déjà une année exceptionnelle.
Mais ces voyages m'ont également donné l'opportunité de passer du temps de qualité avec mes parents pendant nos trois semaines en Italie, trois semaines au cours desquelles j'ai appris à mieux connaître mon père (même si j'ai été un peu dur avec lui en cours de route et sur ce blogue), et je crois que ce séjour nous aura permis de nous rapprocher encore. Quelle agréable aventure ça a été.
Aventure qui s'est terminée en Turquie, alors que j'avais le plaisir d'y rejoindre Suze et Istvan, mes deux complices de toujours. Si j'émettais un souhait pour 2015 ça serait bien de voyager encore longtemps avec eux!
De retour au Québec après avoir trimbalé mon sac à dos dans quatre pays du globe répartis sur trois différents continents (pas mal quand même), j'ai profité de l'été pour faire beaucoup de vélo - dont quelques tours sur le circuit Gilles Villeneuve - et j'ai fait des projets d'artisanat avec mon chat :-). Je n'ai pas délaissé la province côté voyage non plus, puisque j'ai débuté son exploration rurale par la visite de quelques petits villages charmants.
Si mon automne a été plus tranquille, il m'a surtout permis de consolider quelques projets littéraires dont vous entendrez certainement parler en 2015 si vous suivez ce blogue.
Enfin, même si elle ne faisait que 750 mots, ma nouvelle au sommaire du plus récent Solaris a fait de 2014 une autre année où j'aurai au moins publié une nouvelle en professionnel, objectif minimal que je réalise depuis quelques années déjà.
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Je termine donc ce survol de cette excellente année qu'a été 2014 pour moi en vous souhaitant une merveilleuse année 2015, remplie de joie et de petits bonheurs, de rencontres et de petits moments qui font l'unicité et souvent la qualité de nos vies.
On ne réalise pas encore vraiment, mais ce 1 janvier 2015 marque un moment où l'année 2030 n'est pas plus éloignée de nous que ne l'est l'année 2000.
Comme je crois que nos vies sont en grande partie ce que nous en faisons, je vous souhaite en quelques sortes de refaire votre monde en 2015, selon vos désirs et intérêts... comme j'ai moi-même décidé de le faire sous forme de loisir de salon pendant les vacances des fêtes - voir photo.
Bonne année 2015 à tous.
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samedi 27 décembre 2014

Pour apprendre et rigoler, ou un PS sur l'austérité.

Après une série de billet plutôt... austère... voici quelques informations complémentaires, et quelques captures d'écran pour rigoler un brin, question de ne pas trop déprimer devant l'ineptie du gouvernement et d'une bonne partie de la population qui le soutient.


D'abord, quelque chose de sérieux, la répartition des revenus du Québec. On remarque deux choses intéressantes parmi plusieurs: la première est la portion des revenus issus des entreprises (3,9%) par rapport aux particuliers (20,5)... une proportion qui est en baisse constante depuis les années 60. Aussi, je note la contribution de 5,0% des entreprises du gouvernement, une contribution importante pour ceux qui dénigrent les entreprises comme la SAQ a été visée récemment, par exemple.


Toujours sérieux, Gérald Fillion indique l'évolution très récente (les 15 dernières années) du taux d'impôt des entreprises au pays.


Un tweet pour détendre l'atmosphère, et qui souligne la facilité de citer des formules (on fait ça pour nos enfants!)


Un rappel toujours utile sur qui est touché ou non par l'austérité à la Couillard.


Une référence au peintre Magritte pour expliquer la rhétorique du Premier Ministre.


Dans la série "Mieux vaut en rire qu'en pleurer".


Enfin, même sentiment ici.
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Pourquoi je ne parlerai pas d'austérité avec les beaux-frères aux partys des fêtes (2)

Note: On devrait lire l'introduction de ce billet, qui trouve son origine il y a plus de deux ans.
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Après avoir survolé les impacts des politiques d'austérité, la question de la dette et celle des finances publiques, je concluais - dans la première partie de ce billet - qu'on était en mesure de questionner la compétence du gouvernement Couillard.
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Un mot sur la compétence en politique.
Quand on parle de réviser les programmes pour qu'ils soient plus efficaces, qu'ils conviennent mieux à notre situation économique ou démographique, personne ne peut être contre.
Quand on improvise les solutions sans se baser sur des faits ou des études, mais qu'on y va à l'idéologie ou à la va-vite, ça démontre une grande incompétence en la matière.
L'exemple des tarifs de garderie est patent. Peut-être faut-il moduler les tarifs de garde en fonction du revenu - même si je ne suis pas pour cette avenue à cette étape de la discussion, ça ne veut pas dire que je ne changerai pas d'idée si on me démontre le bien fondé de cette idée - mais il faudrait donc en discuter, avec des gens spécialisés, étudier la question en regard des faits et des données, comparer ce qui s'est fait et se fait ailleurs avec les impacts de telles mesures, bref, faire son travail avec compétence. Dans ce dossier, la ministre accouche d'un projet de loi en quelques semaines, et avoue quelques jours plus tard n'avoir jamais pensé à l'impact de sa réforme sur l'intégration des femmes au marché du travail.
Les exemples dans les dossiers relevant de l'Éducation sont légion, le ministre Bolduc étant devenu l'image même de l'incompétence en la matière - un rôle fort utile au reste du gouvernement et au premier ministre qui peuvent avoir l'air, par comparaison, moins incompétent.
Dans n'importe quel domaine - le mien comme celui de mon beau-frère - autant d'incompétence que ce qui a été démontré par les ministres du gouvernement Couillard aurait été récompensé par une sérieuse remise en question, voire un renvoi pur et simple. Pas en politique, où on tolère l'incompétence comme nulle part ailleurs, en acceptant souvent stupidement que la démocratie se résume à faire un X aux quatre ans pour les moins pires parmi les incompétents.
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Où s'en va donc le Premier Ministre avec tout ça?
On est en mesure de se demander pourquoi notre Premier Ministre et ses ministres les plus influents refusent de voir les évidences énoncées dans la première partie de ce billet, pour qui veut bien se documenter sérieusement sur ces questions. L'affaire est d'autant plus étonnante de la part de dirigeants au profil scientifique comme le sont nos ministres-médecins. Après tout, selon le chercheur David Stukler, cité auparavant, si on avait appliqué les règles de base de la recherche en médecine aux politiques d'austérité, il y a longtemps qu'on les aurait abandonné, tellement leurs effets secondaires néfastes sont dramatiques.
Pourquoi donc?
À cause d'une des choses les plus dangereuse chez un dirigeant: une idéologie qui lui tient lieu de Bible. Notre Premier Ministre et ses ministres les plus influents préfèrent jouer le présent et l'avenir du Québec et des québécois sur une idéologie politique plutôt que des faits, des études et des données.
Antoine Robitaille rapporte que pour Philippe Couillard, l'inspiration suprême lui vient d'un livre écrit par deux économistes anglais d'extrême droite (qui considèrent que les réformes Thatcher n'étaient qu'une demi-révolution et auraient dû aller bien plus loin!). En fait, loin de voir la révolution culturelle Reagan-Thatcher comme un échec (la crise boursière et la crise économique de 2008+ découle directement des dérèglementation et réduction de l'état issus de cette époque), ils trouvent qu'elle n'a été qu'un demi-succès et invitent donc le monde à aller plus loin dans cette direction.
Mathieu Bock-Côté commente cette source d'inspiration du Premier Ministre. Dans un billet clair et concis compte-tenu du sujet, le sociologue explique que «Dans l’imaginaire thatchérien, il y a un grand soir: c’est celui où les forces attachées à l’État providence s’effondrent enfin et où le nouveau modèle de société fondé sur le primat du marché peut enfin s’installer en paix».
Voilà où va notre gouvernement; déconstruire le modèle sur lequel le Québec s'est créé, politiquement et économiquement, pour le remplacer par le modèle que l'on vénère, sans l'avouer franchement, et sans l'avoir annoncé en campagne électorale. (Ce lien détaille quelques écarts entre la "réalité-Couillard" et la "fiction-électorale" présentée en campagne.Voilà un bon argument contre les tenants de la démocratie réduite à un X aux 4 ans).
L'historien et politicologue Jean-François Nadeau commente également cette idéologie de laquelle se réclame le Premier Ministre avec une remarque qui donne froid dans le dos: «Il a fallu onze ans à Thatcher pour conduire sa contre-révolution et asseoir une domination néolibérale qui a fait école. Au Québec, le ministre des Finances, Carlos Leitão, affirme qu’en deux ans il aura atteint les objectifs qu’ils s’étaient fixés».
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Un mot sur le respect de la fonction de chef d'État.
Lors des dernières élection - notre occasion aux quatre ans d'exercer la démocratie selon plusieurs - le Parti Libéral n'a que peu parlé de son programme, se contentant d'accuser les péquistes de secrètement vouloir faire un référendum sur la souveraineté du Québec et d'ainsi créer de l'incertitude, une horreur qui allait plomber l'économie du Québec pour des années. On nous promettait alors l'effet Libéral qui, en éliminant cette incertitude, allait créer 250 000 emplois. Le reste du programme Libéral est à peu près passé sous silence (mais il est intéressant de noter qu'il prévoyait annuler la hausse des tarifs de garderie planifiée par le PQ à 9$ sur deux ans) et plutôt indexer ces tarifs. On nous promettait aussi de ne pas hausser les taxes ni les impôts, et de stimuler l'économie et de créer des centaines de milliers d'emploi (ce lien, déjà évoqué, fait un survol de ces promesses comparées à la réalité).
Fraîchement arrivés au pouvoir, le gouvernement Couillard s'est aussi empressé de dénoncer le trou secret laissé dans les finances publiques par le gouvernement précédent, un trou de 5,8 milliards selon eux. Or ce déficit de 5,8 milliard n'existe pas, il est totalement fictif, un grossier mensonge utilisé pour manipuler l'opinion publique. Le déficit prévu par le PQ avant les élections est, à quelques détails près, exactement le même que celui prévu par le PLQ lors de sa dernière mise à jour économique! L'économiste Gérald Fillion le rappelle en comparant l'ensemble des données; «Entre les projections du Parti québécois en février et celles du Parti libéral en ce moment, il y a quelques différences, mais elles ne sont pas énormes. Au final, le déficit prévu par le PQ en 2013-2014 est plus important de 300 millions de dollars, ce qui est une goutte d’eau dans un budget de 100 milliards».
Après les mensonges en campagne électorale, ceux sur le déficit réel du Québec et enfin, ceux sur la nécessité des politiques d'austérité (qu'il appelle rigueur budgétaire dans un spin médiatique pour utiliser des mots moins... austères dès qu'il réalise l'impopularité du terme "austérité"), il est difficile de croire que Philippe Couillard a lui-même le respect requis envers la fonction de chef d'état.
J'aurai moi-même plus de respect pour la fonction de chef d'État quand celui qui l'occupe en aura et cessera de me mentir en plein visage sans même tenter de cacher son mensonge.
Mon beau-frère a raison quand il dit qu'on doit avoir du respect pour la fonction de chef d'État, je trouve dommage que le Québec semble incapable de voter et se doter de politiciens qui soient dignes de cette fonction et qui ne la respectent pas eux-mêmes.
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Conclusion - Terre plate / Terre ronde.
L'immense somme de connaissances économiques sur les effets néfastes des politiques d'austérité, l'importance réelle et le rôle de la dette et des finances publiques - dont je n'ai fait qu'effleurer les points majeurs ici - devrait écraser totalement toute tentative de défendre les politiques actuelles du gouvernement, point.
Pour moi, c'est un peu comme si le gouvernement Couillard tentait de nous faire croire que la Terre est plate, immobile et au centre de l'univers et qu'il faut donc adopter des politiques de navigation maritime et spatiale en conséquence, alors que toute la science nous prouve qu'elle est ronde et qu'elle tourne plutôt autour du soleil *.
Or, la Terre est ronde, docteur Couillard... et elle tourne, oserais-je vous rappeler.
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(*) Cet élément de réflexion sur les scientifiques m'avait frappé en 2012 - en plein conflit étudiant - alors que je discutais justement avec un chimiste diplômé qui, malheureusement, semblait se refuser à appuyer ses opinions sur des faits et données solides, et se contentait alors de répéter les lieux communs et utiliser les raccourcis intellectuels issus de la propagande du gouvernement Charest. Une triste constatation en général, mais qui était particulièrement décourageante venant d'un scientifique.

Pourquoi je ne parlerai pas d'austérité avec les beaux-frères aux partys des fêtes (1)

Note: On devrait lire l'introduction de ce billet, qui trouve son origine il y a plus de deux ans.
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Un mot sur l'austérité.
Il existe des centaines (voire des milliers) d'articles sur le sujet de l'austérité (approche dérivée de l'idéologie politique néolibérale), et des centaines de livres, études et collectifs d'essais de vulgarisation scientifique, je n'ai donc pas la prétention de pouvoir couvrir ce vaste sujet dans un billet de blogue. Par contre, je peux attirer l'attention sur quelques éléments importants, et fournir un première série de pistes de lecture sur le sujet de l'austérité, d'où elle vient, de l'idéologie qui la défend, et de ses impacts sur les pays et les populations qu'elle touche.
Il est très facile de savoir ce qui se passe quand un État applique des politiques d'austérité. Oui, c'est facile, car le Québec est loin d'être le premier à le faire, la pratique existe un peu partout dans le monde, et a été largement utilisée et documentée depuis le début des années 1980. Il suffit donc de voir ce qu'ont données ces politiques pour comprendre ce qui se passera ici si on les applique.
L'austérité (ou rigueur budgétaire, ou ajustements structurels, selon les modes et époques) était une des conditions essentielles de l'aide accordée à des dizaines de pays par le Fonds Monétaire International pendant une période de 30 ans (1980-2010), période et pays sur lesquels il existe aujourd'hui de nombreuses études sur les impacts et résultats de ces politiques. En 2011, lors d'une période de réflexion politique et économique sur ce blogue, j'avais parlé d'un véritable «Laboratoire FMI» et je vous invite donc à lire/relire ce billet pour plus de détails. Plus particulièrement, j'attire votre attention sur la section "Observations sur le "laboratoire" FMI" ainsi que les notes en fin de billet. Plus important encore, lisez quelques-uns de la douzaine d'articles scientifiques que je cite en bibliographie à la fin du billet. ces lectures semblent un minimum pour qui veut comprendre réellement, au lieu de demeurer un ignorant avec des opinions toutes faites.
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Aujourd'hui, l'impact négatif et les effets néfastes de ces politiques sur l'économie et sur les sociétés qui les ont adoptées sont reconnues par tous les scientifiques, incluant les économistes du FMI eux-mêmes. Cette reconnaissance d'une erreur économique qui a duré plus de 30 ans devrait nous alerter de ne pas suivre cette voie, mais il semble que le gouvernement Couillard ne se documente pas et suive bêtement son idéologie. On pourrait croire qu'ils ne sont pas au courant à Québec de ce qui se passe ailleurs dans le monde, mais même Gérald Fillion sur on blogue de Radio-Canada en a parlé... en janvier 2013, soit plus d'un an et demi avant que le gouvernement Couillard n'adopte ces politiques.
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Les politiques d'austérité ont également été la réponse de l'Europe à la crise de 2008 (qui sur le vieux continent, n'est pas encore passée après 6 ans de marasme économique d'ailleurs - voir ce billet-ci où je traitais des raisons pourquoi cette crise nous a moins touchées au Canada et au Québec). Les économistes européens d'aujourd'hui reconnaissent que cette orientation a été catastrophique. Dans un article récent du journal Le Monde, un économiste titre même qu'à cause de ces politiques, l'Europe est au bord du gouffre.
Des exemples de ces effets néfastes?
- Une hausse marquée des suicides en Grèce;
- Une augmentation prononcée de la prostitution en Espagne;
- Un essor marqué du commerce de la drogue en Espagne, en Grèce et au Portugal;
- Un appauvrissement accéléré de toute l’Europe prise dans son ensemble.
Fait particulièrement intéressant, il existe deux contre-exemples issus de la crise de 2008: l'Islande et les États-Unis.
Du côté de l'Islande, plutôt que de sauver la peau des banques avec des fonds publics (donc d'endetter l'État et justifier ensuite des politiques d'austérité), on a poursuivi les fraudeurs (dont certains sont en prison), laissé faire faillite aux banques et spéculateurs et on a investis dans les programmes sociaux pour assurer que les citoyens-déposants ne seraient pas ruinés. Aux États-Unis, on a bel et bien sauvé les banques avec de l'argent public, mais plutôt que de s'attaquer au déficit et à la dette (pourtant faramineuse, voir la section ci-bas), le gouvernement Obama a dépensé et investis massivement en fonds publics pour relancer l'économie.
Dans les deux cas, les résultats sont à l'opposé de ce qui s'est passé dans les pays qui ont adoptés des politiques d'austérité. Dès 2012, le FMI considérait l'Islande comme détenteur de leçons pour les autres états, et plusieurs économistes de partout au monde allaient dans le même sens.
Pour les États-Unis, même si la croissance n'est pas énorme, il y a croissance, accompagnée d'une réduction substantielle du chômage, un état de fait envié par tous les pays d'Europe. Même l'économiste d'extreme-droite Daniel J. Mitchell, toujours opposé aux politiques d'Obama, le reconnaît lui-même: «Je ne suis pas un grand fan de la politique économique d’Obama. Je n’aime pas l’esprit de lutte des classes du Président en matière d’impôts. Je vois d’un mauvais œil ses relances keynésiennes. Et je n’aime pas ses politiques d’étatisation coûteuses telles que l’Obamacare. C’est pourquoi je me moque souvent de son étatisme compulsif. Ceci étant, je partage totalement son point de vue – quoiqu’avec quelques réserves – selon lequel les États-Unis font globalement bien mieux que les autres pays».
Si on veut se documenter sur une étude des effets réels de politiques d'austérité sur la santé des populations, on peut lire The Body Economic: Why Austerity Kills. Au sujet de ce livre, Josée Blanchette rapportait récemment que «Selon les auteurs David Struckler et Sanjay Basu, deux chercheurs en santé publique, l’un à Oxford, en Angleterre, l’autre à Stanford, en Californie, l’austérité augmenterait l’alcoolisme, le nombre d’épidémies, de dépressions, de suicides».
Récemment, une étude démontre même un lien entre les politiques d'austérité imposées aux pays d'Afrique par le FMI, la destruction de leur système de santé publique et l'incapacité de ces systèmes à pouvoir faire face à la récente épidémie d'Ébola. Rappelons que cette épidémie a déjà fait plus de 7500 morts. Cet exemple illustre bien que parfois, les effets néfastes de ces politiques n'apparaissent qu'à long terme dans une société.
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Un mot sur la dette du Québec.
L'argument principal pour instaurer les mesures d'austérité, c'est l'importance de la dette du Québec. On est endetté, il faut laisser moins de dettes à «nos enfants/les générations futures», on est presque comme la Grèce, etc.
Il y a trois choses à dire sur la dette (sur toute dette, en fait, même de l'hypothèque sur votre maison). La première, c'est qu'il n'est pas très grave d'avoir une dette quand on a des actifs, bref, d'emprunter pour investir comme le font tous les gens d'affaires et entrepreneurs. La dette totale est un chiffre qui ne veut rien dire si on ne tient pas compte des actifs (comme la valeur d'Hydro-Québec, par exemple, pour ne nommer que le plus évident que d'autres provinces/états n'ont pas).
La seconde, c'est que peu importe la dette, c'est le niveau d'endettement sur votre capacité de payer qui compte, pour voir si vous êtes dans le trouble ou non. Pour les états, on utilise souvent l'indice de la dette sur le PIB pour mesurer et comparer les dettes des pays et états.
Selon le dernier rapport de l'OCDE sur la question (graphique tiré de l'étude "L'État de la dette du Québec 2014"), le Québec (avec ou sans sa portion de dette fédérale) est en meilleure posture à ce niveau que les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Japon, les Pays-Bas ou la moyenne des pays de l'OCDE. Il faut aller du côté du Danemark, la Suisse ou la Norvège (par exemple) pour trouver des états mieux placés que le Québec en ce qui concerne leur niveau d'endettement par rapport à leur capacité de payer (À ce sujet, la dette sur PIB des États-Unis est le double de celle du Québec).



La troisième chose à dire sur la dette du Québec - et c'est ici qu'est illustrée l'importance de la différence entre un État, une entreprise et un individu - c'est que la dette du Québec, émise sous forme d'obligation d'épargne du Québec, est détenue à titre de placements par divers investisseurs, qui font un revenu d'intérêt intéressant sur un placement sans grand risque. Or dans le cas du Québec, on estime que la dette est contrôlée à 29% par le Gouvernement du Québec lui-même ou ses organismes apparentés (comme la Caisse de dépôt et de placement par exemple). On estime en outre à 56% la dette détenue par des intérêts québécois ou canadiens. Autrement dit, non seulement cette dette est entre bonne main, mais elle assure un certain rendement sur les régimes de retraite et autres outils qui sont utiles à maintenir l'économie du Québec. En effet, on estime à seulement 15% la dette probablement détenue hors-Canada (Sources en page 18 du fichier de l'étude en PDF).
En fait, si on veut aller plus loin, on peut lire cet article du professeur de l'UQAM et directeur de recherche Éric Pineault qui souligne que cette saine détention de notre dette ne devrait pas nous pousser à vouloir la rembourser, au contraire!
«Rembourser la dette signifie assoiffer nos régimes de retraite, priver les individus et collectivités de la chance de détenir une partie de leurs épargnes sous la forme d'un investissement dans notre richesse collective. Nous validons le service de la dette [Note de l'EV: les intérêts sur la dette] de la même manière que nous validons les autres dépenses publiques, par le biais de la capture de revenus par l'impôt et les taxes, lesquelles croissent à la même vitesse que l'économie. Donc, finalement, tant que l'économie croit plus rapidement que la dette et le service de la dette, il n'y aucune raison de paniquer. Il ne faut surtout pas rembourser la dette; mieux vaut la refinancer, et ce, pour toujours.»
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Pour comprendre l'enjeu de la dette et cesser de rapporter les inepties qu'on entend souvent de la bouche d'élus ou de commentateurs de droite, lire cette étude de l'IRIS sur les pièges courants et les raccourcis intellectuels à éviter quand on parle de la dette. Vous allez rapidement comprendre que le gouvernement actuel utilise le montant de la dette du Québec pour vous faire peur, sans jamais la mettre en contexte. C'est le proverbial chien qu'on veut tuer et qu'on accuse donc (faussement) d'abord d'avoir la rage.
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Un mot sur les finances publiques.
Afin de justifier les politiques d'austérité, on mentionne également l'état des finances publiques. Si on veut réduire la dette, il faudrait la rembourser, donc faire des surplus, alors qu'actuellement, on réalise des déficits. Il faut donc revenir à l'équilibre budgétaire, au minimum, et au plus vite peu importe les conséquences.
Et la méthode préconisée est évidemment la réduction des dépenses.
Il existe deux volets à tous budgets: les dépenses, certes, mais aussi les revenus. Or le gouvernement Libéral des 12 dernières années (Charest comme Couillard) s'est volontairement privé et se prive encore volontairement de revenus importants.
Rappelons qu'avant l'ère Charest, le Québec faisait des surplus, mais que le gouvernement Charest a éliminé ces surplus et créé un déficit par manque de vision et par soucis électoraliste en réduisant les impôts sans aucun plan d'avenir, privant l'état de revenus importants.
De même, on peut citer la disparition de la taxe sur le capital des banques et grandes entreprises, qui rapportait à l'état québécois 600 millions de $ chaque année. L'économiste Jacques Parizeau rappelle d'ailleurs que « pour les banques, ça ne crée pas une job. Tout ce que ça fait, c’est transférer de l’argent des contribuables aux actionnaires ».
Doit-on rappeler que les banques canadiennes à elles-seules ont réalisées un profit net après impôts de plus de 30 milliards de dollars en 2014? On s'explique mal en quoi ces entreprises parmi les plus profitables au monde avaient besoin de ce cadeau fiscal de la part du Québec si les finances publiques sont dans un aussi mauvais état. Surtout que celles-ci ne crées pas de nouveaux emplois ou investissements avec ces profits, mais les redistribuent simplement à leurs actionnaires. Un exemple parmi les autres, la Scotia qui coupe 1500 postes malgré des profits en hausse de 14%.
Le même raisonnement s'applique aux redevances minières, à l'absence de redevances sur le pétrole qui circule sur nos voies ferrées ou dans nos sols via pipeline et à bien d'autres revenus que l'état refuse de recevoir par idéologie et copinage avec la grande entreprise.
Et on ne parle même pas d'évasion fiscale, un dossier qui ne peut se régler que par des lois fiscales mieux adaptées au monde d'aujourd'hui, donc qui ne peut que se régler par une volonté du gouvernement de le régler. Doit-on s'étonner que le gouvernement Couillard ne parle jamais de ça? Évidemment pas, puisque le Premier Ministre lui-même a utilisé le stratagème pour éviter de payer de l'impôt au Québec.
C'est non seulement le même chien qu'on accuse d'avoir la rage, mais on oublie de mentionner qu'on évite à tout prix de le faire vacciner.
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Enfin, si on admettait qu'il faille absolument couper dans les dépenses de l'état, alors on s'attendrait à ce que ce genre d'exercice soit fait avec honnêteté et que les décisions soient basées sur des études afin de minimiser les impacts néfastes de ces coupes. Or d'une part, on coupe à plusieurs endroits touchant directement le niveau de vie de dizaines de milliers de québécois de la classe moyenne mais on évite de couper chez les très hauts fonctionnaires, les députés ou encore dans les contrats confiés à des consultants privés amis du parti au pouvoir.
On ne coupe pas non plus dans les généreux incitatifs offerts gracieusement aux grandes entreprises (voir le point 2 de ce billet-ci), même si parfois, celles-ci profitent en plus de créativité fiscale pour éviter de payer des impôts ici.
Le dossier des retraites est un bon exemple; alors que l'on force par une loi un changement de financement dans les retraites des employés du système public, on ne touche pas le régime le plus généreux qui existe au Québec, celui des députés eux-mêmes. On repassera pour l'honnêteté du procédé et la justice de l'opération.
L'automne 2014 regorge d'exemples - par centaines - de coupes improvisées et de gaspillage éhonté qui seraient facilement évitées si l'exécutif du gouvernement lui-même se gérait en montrant l'exemple. On dit ne pas avoir le choix de couper les dépenses, mais on engage en double tout un tas de hauts fonctionnaires pour des raisons d'appartenance politique et d'experts du privé qui touchent pourtant déjà de généreuses prestations de l'état (voir par exemple les salaires de quatre employés de la commission de révision des programmes, mandatés pour aller gruger ce qui nous manque, mais payés à eux-seuls plus d'un million de dollars). Et c'est sans parler de la prime de plus de 200 000$ du bon docteur Bolduc, ni de celle de plus d'un million de dollars au départ du bon docteur Barrette (on me dira que cette dernière a été payée à même les cotisation des médecins spécialistes, mais c'est oublier que ces cotisations sont déductibles d'impôts, et donc, ont fait économiser aux médecins spécialistes 50% de ces sommes sur le dos de l'État québécois). Un dernier exemple tiré des jours précédant la publication de ce billet: on apprend la coupe 160 000$ dans un programme alloué aux études québécoises à l'étranger (un programme qui permet de faire briller le Québec et engendre des retombées importantes à moyen et long terme) mais on permet à un simple député nouvellement élu de s'aménager de jolis bureaux au coût de 228 000$. Ce montant est quasi indécent, dépassant le coût moyen d'une maison au Québec, mais le député persiste et signe en mentionnant qu'il a même fait baisser la facture!
Autre exemple frappant: le dossier de la politique sur les médicaments, où des économies potentielles de 3,3 milliards ne sont même pas étudiées par le gouvernement, malgré des appels de certains députés d'opposition à le faire.
Enfin, cerise sur le sundae de la mauvaise gestion des finances publiques, on vient de remarquer que le retour des Libéraux au pouvoir s'est accompagné du retour des extras coûteux sur les contrats publics en construction...
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Après ces constatations sur l'impact de mesures d'austérité, du faux débat sur la dette et des mauvaises approches pour assainir les finances publiques, on est en mesure de questionner la compétence du gouvernement Couillard et de se demander pourquoi il a pris cette direction.
Ces questions seront brièvement abordées dans la seconde partie de ce billet.
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Pourquoi je ne parlerai pas d'austérité avec les beaux-frères aux partys des fêtes - Justification

Permettez-moi un retour en arrière, le temps d'une introduction à un billet, qui sera ensuite présenté en deux parties (Partie 1 ici et partie 2 ici).
L'affaire se passe en 2012, en plein conflit étudiant. J'assiste alors à un party de famille, pour la fête de ma filleule je crois, à qui j'ai offert des cadeaux dont le chou est remplacé par un carré rouge. Je sais que la règle d'or au Québec est de ne pas parler politique en famille, mais je ne planifie pas d'en parler, justement, mais je ne peux nier ce que je suis, et ce pour quoi je me bât dans mes écrits comme quand je marche dans la rue avec les étudiants et autres citoyens qui refusent le projet de société néolibéral du gouvernement Charest. Nous avons donc (un peu) discuté, mes parents, mes soeurs, mes beaux-frères, ma conjointe et moi, de politique québécoise. Je ne reviendrai pas sur les détails de la discussion ici, ce ne sont pas ces détails qui sont importants, ni les opinions des uns et des autres, mais je citerai les trois éléments qui forment le point de départ d'un billet promis depuis deux ans à un de mes beaux-frères.
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Le premier de ces éléments, c'est l'incapacité de mes proches de prendre ma conjointe ou moi au sérieux - je veux dire professionnellement - quand nous abordons les questions de politiques publiques. Pourtant, ma conjointe est diplômée en Études internationales (option sciences politiques) en plus de l'être en administration. Elle a également fait une partie de ses études internationales en Angleterre. Pour ma part, je suis comptable professionnel de formation, diplômé HEC, avec un tronc commun qui incluait l'économie et je me suis, au fil des ans, spécialisé en fiscalité, donc sur certains effets et sur les applications des politiques publiques sur les individus et entreprises.
Ce qui m'étonne encore quand je repense à cette discussion, c'est la non reconnaissance d'une certaine expertise (ou au moins d'une meilleure connaissance du sujet) par mes proches. Pourtant, quand on parle de génie chimique, d'informatique en réseau, de finance agricole, d'enseignement ou de physique mécanique, personne n'irait contester l'expertise de mes proches dans leur domaine respectif, ou ne pas reconnaître au minimum qu'ils savent un peu (plus que les autres) de quoi ils parlent. On parle pourtant de gens éduqués - majoritairement des diplômés universitaires d'ailleurs - et de plusieurs scientifiques. Évidemment, personne n'agit ainsi par mauvaise foi, c'est juste l'habitude issue de certaines couvertures médiatiques des politiques publiques, qui favorise souvent les raccourcis intellectuels, qui est en cause et fait croire à tous que les solutions sont simples. L'idée que l'État se gère comme un budget familial, ou qu'il se gère comme une entreprise privée relève de ce genre de lieu commun réducteur qui est devenu accepté par tous à force d'être répété comme un mantra.
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Le second élément concerne un beau-frère en particulier, qui avait eu l'opportunité (par hasard) de croiser des ministres du gouvernement, dont Raymond Bachand, qui défendait à l'époque la hausse des frais de scolarité comme une "révolution culturelle" au Québec (révolution qui se poursuit aujourd'hui sous l'actuel gouvernement Couillard). J'avais soulevé un sourcil et mentionné que je ne sais pas si j'aurai été jusqu'à serrer la main du Ministre des Finances, puisqu'il était intellectuellement malhonnête dans le dossier des frais de scolarité, et que même si moi, j'étais contre cette hausse, j'aurais aimé qu'il y ait réel débat de société sur la question - un débat honnête - alors que le gouvernement se contentait de diaboliser ceux qui souhaitaient ce débat au lieu d'expliquer leur position et de la défendre honnêtement.
Mon beau-frère nous a expliqué qu'il ne partageait pas nécessairement les opinions du ministre (ni du gouvernement), mais qu'il respectait la fonction. C'est un argument fort louable, mais je n'ai pas pu m'empêcher alors de mentionner que je ne pourrais serrer la main de Jean Charest ou Stephen Harper, tellement ils étaient eux-mêmes cyniques et n'avaient plus de respect pour cette fonction et pour le système parlementaire en général. La discussion qui a suivi a été particulièrement animée, puisque je passais alors pour celui qui n'avait pas de respects pour la fonction et les élus, alors que je dénonçais au contraire que c'était les gens en poste et non moi, qui étaient cyniques et favorisaient le développement du cynisme et du désengagement politique.
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Enfin, le troisième élément est apparu vers la fin de cette discussion politique, alors que je tentais de faire valoir les dizaines (plusieurs dizaines en fait) de textes scientifiques qui existent pour démontrer que les politiques néolibérales sont néfastes, partout où elles ont été appliquées dans le monde. Mon beau-frère m'a invité à lui transmettre ce genre d'articles ou de livres, de lui suggérer des lectures sur le sujet. Après quelques années à lire sur le sujet, je me suis promis de le faire, mais j'ai rapidement réalisé l'ampleur d'une telle tâche et l'étendue qu'aurait ma liste. Je me suis aussi dit que mon beau-frère avait peut-être un peu de temps libre pour lire quelques trucs, mais il ne s'embarquerait certainement pas dans la lecture de 9-10 briques de collectifs ou les centaines d'articles scientifiques de 20-30 pages chaque, souvent en anglais en plus, que je pourrais colliger. J'ai donc laissé tombé et n'ai plus reparlé politique pendant les partys de famille.
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Rassurez-vous, je ne ferai pas cet exercice ici, mais depuis 2012, il s'est écoulé de l'eau sous les ponts (même si ceux-ci menacent parfois de s'écrouler), et nous sommes en période de partys des fêtes en famille, et le mot qui est sur toutes les lèvres semble être «Austérité». je vais donc articuler ce billet en deux parties sur l'austérité autour de cette discussion et dans le but avoué d'informer mon beau-frère - et tous ceux qui ont la curiosité de d'informer proprement à coeur.
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Dans cet esprit, j'invite donc celui-ci (et vous chers lecteurs) à commencer par lire ce micro-guide de survie au partys de famille si jamais ils parlent d'austérité.
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Puis, de passer aux deux parties principales de ce énième billet socio-politique sur ce blogue.
Joyeuses Fêtes,
L'Esprit Vagabond.
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lundi 3 novembre 2014

Erinnerungsobjekteinfluß et les 40 ans de Solaris

La revue Solaris fête ses 40 ans d'existence. Et pour l'occasion, la revue a invité 40 auteurs à signer une courte nouvelle dans un numéro spécial (le numéro 192 dont on retrouve le sommaire officiel ici).
À l'occasion de ce numéro d'anthologie (littéralement), chaque auteur a été appelé à sélectionner un sous-genre relevant de la SF, du fantastique ou de la fantasy, permettant donc à la revue d'offrir un éventail particulièrement large côté thématiques abordées dans ce numéro unique.
Je me retrouve donc au sommaire - je n'allais pas rater cet anniversaire - et en très prestigieuse compagnie; Esther Rochon, Élisabeth Vonarburg, Alain Bergeron, Daniel Sernine, Joël Champetier et plusieurs autres parmi les meilleurs auteurs de genre au Québec. C'est tout un honneur pour moi car c'est certainement la publication où je partage le sommaire avec le plus grand nombre d'écrivains que j'admire autant.
Pour ma modeste participation - les nouvelles ne devaient pas dépasser 750 mots - j'ai choisi le sous-genre fantastique des objets maléfiques et je signe donc une nouvelle intitulée Erinnerungsobjekteinfluß.
Par un amusant tour du hasard, cette histoire (peut-être ma plus courte nouvelle publiée) est celle qui doit avoir le titre en un mot le plus long de mes publications.
Plutôt que de vous laisser tenter de trouver la traduction de ce terme, d'origine allemande (puisque la nouvelle se déroule à Berlin), je vous en offre un extrait:
«Certains parlent de magnétisme, de géobiologie, de psychométrie, d’autres d’ondes rémanentes ou d’empreinte énergétique, sans offrir d’explications convaincantes sur le sujet. Pourtant, mes clients payent des sommes considérables pour acquérir ces objets.»
Je vous invite donc à lire le reste dans Solaris 192, et vous pourrez en prime mettre la main sur 39 autres histoires!
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samedi 1 novembre 2014

L'héritage français, Sankara, Blaise et le Burkina aujourd'hui

Même si je n'y ai jamais mis les pieds, je m'intéresse toujours au Burkina Faso. Mon amie Suze y avait effectué en stage de coopération internationale en 2010, stage dont j'avais suivi les déroulements via son témoignage ainsi que celui de plusieurs de ses collaboratrices (et collaborateur) à cette époque.
Ce n'est donc pas une surprise pour qui suit ce blogue depuis un certain nombre d'années de constater que les événements actuels au Burkina m'interpèlent particulièrement. Et même si on ne connait rien du futur du Burkina Faso, pour ma part, je me réjouis de la fin du règne de Blaise Compaoré.

En 1991, Blaise Compaoré a été élu président du Burkina Faso lors de la première élection tenue après un référendum sur une nouvelle constitution. Il a alors dit que cette élection marquait le début de l'état de droit et de la stabilité politique du Burkina, que son pays venait de prouver qu'il avait opéré des changements significatifs pour son développement politique et économique.
Toutefois, il faut mentionner que cette élection a été boycottée par les partis d'opposition et que le taux de participation a été de 25,3%, en plus du fait que Blaise, jusqu'à il y a quelques jours, était toujours au pouvoir plus de 27 ans plus tard. En effet, il a été réélu en 1998, puis, après amendement à la constitution, rééelu en 2005 et en 2010. Il voulait cette année amender à nouveau la constitution pour se représenter aux élections présidentielles.
Pour la stabilité politique, Blaise avait donc raison en 1991, mais peut-on parler de développement politique et économique quand le même homme reste au pouvoir aussi longtemps et que malgré les milliards d'aide internationale, la très grande majorité des citoyens du pays demeurent très pauvres alors que l'élite est encore aussi riche?
Blaise, les médias le rappellent ces jours-ci, a pris le pouvoir lors d'un coup d'état (un putsch en fait), alors que le pays était gouverné par le Conseil National Révolutionnaire dirigé par Thomas Sankara. Avant le coup qui l'a porté au pouvoir, Blaise était le numéro 2 de ce régime issu de la révolution burkinabè.

Thomas Sankara avait pris le pouvoir en août 1983, avec le support des jeunes, des syndicats et de l'armée. L'idée derrière la révolution était de bâtir une meilleure société, avec une meilleure justice sociale et se séparant définitivement de l'héritage colonial français. Sankara était un homme éduqué, avec des idéaux de gauche, et désirait apporter des changements profonds dans la politique du Burkina (on doit d'ailleurs à son gouvernement le nom du pays). On parle ici de réforme agraire, de loi pour promouvoir l'égalité des genres, bref, de politiques progressistes.
Mais quatre ans après son arrivée au pouvoir et le début des changements qu'il avait proposé, Blaise a mené un coup contre son compagnon, un coup qui allait le mener au pouvoir, et voir Sankara assassiné au passage. Ce dernier, par ses réformes sociales au profit du plus grand nombre, s'était aliéné les intérêts français et la riche élite politique et économique du Burkina. Ceux-ci se sont rapidement rangés derrière Blaise Compaoré.
Compaoré a eu beau clamer poursuivre les idéaux révolutionnaires, personne n'a été dupe; ses politiques ont largement été influencées par les intérêts qui étaient au pouvoir avant la révolution de Sankara, et n'ont jamais cessé de s'aligner sur les modèles néolibéraux promus par le FMI et les intérêts occidentaux par la suite; privatisation et libéralisation de l'économie en tête de politiques à l'opposé des idéaux socio-économiques défendues par Sankara.

Blaise a donc pu profiter de l'appui tacite des pays occidentaux, ceux-ci étant très complaisant envers les dictateurs de facto quand ça fait leur affaire (les mêmes pays et institutions ont supporté d'autres leaders du genre tant que ça a fait leur affaire, avant de les condamner au moment opportun; les cas de Ben Ali, Moubarak, et même Khadafi ou Hussein viennent évidemment en tête).
Certes, la dictature politique de Blaise n'était peut-être pas aussi physiquement violente et répressive (quoi que je ne dispose pas d'informations fiables pour l'affirmer avec certitude - le Burkina Faso donnant tous les signes d'un pays pacifique de ce point de vue). Mais son régime n'a fait que lui profiter à lui et ses proches collaborateurs, ainsi qu'aux élites étrangères, sans jamais que les citoyens burkinabè n'aient d'espoir réels de voir leur situation s'améliorer.

C'est pourquoi je ne peux que me réjouir de voir que sa domination du Burkina semble se terminer cette semaine. Et au passage, je salue au moins son geste actuel (en espérant qu'il ne reniera pas par la suite) de ne pas s'accrocher au pouvoir à tout prix comme l'ont fait d'autres avant lui ailleurs dans le monde. Ce geste a le mérite de ne pas inutilement catapulter le pays dans un conflit certain.

Évidemment, l'incertitude qui accompagne de tels changements me fait craindre que d'autres forces et intérêts en présence n'en profitent pour usurper à leur tour le pouvoir, plutôt que ce ne soit les citoyens du Burkina Faso dans leur ensemble qui puissent retrouver le contrôle de leur pays et de leurs institutions. C'est le problème avec ce genre de régime aux apparences trompeuses de stabilité, il n'y a aucun mécanisme qui assure une transition ou une suite organisée et pacifique. De plus, l'exercice de 27 ans de pouvoir absolu a créé des tensions dans une population pauvre et exploitée, et il n'est donc pas anormal que ces tensions aboutissent à des actes violents. Si les gens qui s'emparent du pouvoir de transition ne tiennent pas compte de cet état d'esprit, le pays pourrait éventuellement sombrer dans la violence d'une guerre civile.

Dans un billet sur le contexte politique du Burkina écrit en 2010, je mentionnais: «Aujourd'hui, avec un taux de change fixé (unilatéralement) par la France entre le CFA (monnaie locale des pays d'Afrique de l'ouest, découlant de l'époque coloniale) et l'Euro, avec le Fonds Monétaire International exigeant des politiques de gestion néo-libérales et avec une politique fiscale et un niveau de corruption assurant une totale séparation entre les riches et les pauvres au pays, le Burkina Faso ne semble pas avoir de futur. Mais l'exemple de Sankara demeure, et peut-être qu'un jour, un politicien de la même trempe se lèvera et mènera le pays à sa véritable indépendance».

Reste donc à espérer que les gens qui auront l'opportunité d'exercer le pouvoir au cours des prochaines semaines et prochains mois aient la décence d'orienter le pays dans la bonne direction, et non de faire comme Blaise l'a fait avant eux, c'est-à-dire de profiter de cette opportunité pour s'installer confortablement dans sa chaise et opprimer encore et toujours le peuple burkinabè.

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Note:
La première partie de ce billet est inspirée de l'essai French Colonization and Political Powers in Burkina Faso: 1891-1991, par Suzie Nadeau, que je remercie de son aimable autorisation.
Les photos sont issues de billets précédents publiés en 2010 et ont été prises par Suzie Nadeau.
Autres sources et lectures suggérées:
Brittain, v. 1985. Introduction to Sankara & Burkina Faso. Review of African Political Economy. 32, pp.39-47.
Compaoré, B. 2006. Discours d’ouverture. Xe conférence des ambassadeurs et consuls généraux du Burkina Faso, 19 décembre 2006, Ouagadougou.
Englebert, P. 1996. Burkina Faso: Unsteady statehood in West Africa. Boulder, CO: Westview Press.
Harsch, E. 1998. Burkina Faso in the Winds of Liberalisation. Review of African Political Economy. 25(78), pp.625-641.
Martin, G. 1987. Ideology and Praxis in Thomas Sankara's Populist Revolution of 4 August 1983 in Burkina Faso. A Journal of Opinion, African Studies Association. 15, pp.77-90.
Sankara, t. 1985. The 'Political Orientation' of Burkina Faso. Review of African Political Economy. 32, pp. 48-55.
Wilkins, M. 1989. The Death of Thomas Sankara and the Rectification of the People's Revolution in Burkina Faso. African Affairs. 88(352), pp.375-388.

mercredi 22 octobre 2014

Politique étrangère, attaques... et médias pertinents

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les attentats de St-Jean et d'Ottawa vont faire réfléchir des gens sur la sécurité relative dans un pays d'occident qui s'implique directement dans des attaques militaires en pays étrangers (sans être une initiative de l'OTAN ou de l'ONU). C'est toujours ok quand la terreur, les bombes et les attaques individuelles se passent dans un autre pays, on écoute les informations distraitement et on passe à autre chose.
On discutera possiblement de la définition de terrorisme - je suis de ceux qui pensent que l'attentat de St-Jean relevait plus d'un acte criminel alors qu'il semble que celui d'Ottawa remplisse plus les critères d'un acte terroriste (vu la cible plus claire, le Parlement), même si pour le moment, on ne connait ni l'état d'esprit de ceux ayant commis ces actes, ni leurs motifs (bien qu'on puisse faire des conjecture vu leur auto-proclamations religieuses radicales).
[Ajout 23 octobre: Selon les infos disponibles ce matin, on dirait qu'il s'agit du même genre d'acte criminel, qui pour moi ne correspond pas à la définitions de terroriste, même si le criminel en question semble s'inspirer de sa religion pour agir et qu'il a littéralement semé plus de terreur sur son passage. Ceci devrait aussi nous faire réfléchir sur les ressources en santé mentale, puisque dans les deux cas, on parle de problèmes de santé mentale, ce qui reste évidemment à confirmer, mais qui demeure un problème où l'on coupe plus de ressources qu'on en fournit].
Une chose est certaine, les gens vont peut-être réaliser l'impact de cette politique de va-t-en guerre et l'impact la politique étrangère du Canada depuis quelques années (années conservatrices, clairement), tous sujets confondus. Il ne faut pas nous étonner (contrairement à la GRC, voir ci-bas) si certains radicaux locaux passent à l'action. Ça aurait pu arriver avant, c'est ce dossier-ci qui a allumé ces deux-là, ça pourrait aussi arriver dans le futur - toute l'histoire récente de l'approche de lutte au terrorisme à l'américaine nous prouve que ces effets secondaires sont prévisibles... Certains électeurs qui votent sans trop s'informer ou ne se rendent pas compte de ce qui se passe réaliseront peut-être que les gens qui sont élus prennent des décisions qui parfois, ont des répercussions ailleurs dans le monde, et que ces répercussions peuvent trouver écho au Canada par la suite. C'est parfois long avant de voir ce genre de choses arriver, et il est impossible (ou difficile dans la plupart des cas) de pouvoir établir avec précision des relations de cause à effet, mais ça fera peut-être réfléchir un peu plus les gens avant qu'ils ne votent, la prochaine fois.
Il est dommage que peu de journalistes mentionneront que les attaques visent le pouvoir décisionnel et l'armée mais font aussi leur jeu - on ne s'étonnera pas que la réponse des autorités sera certainement d'être encore plus ferme dans les décisions prises; on proposera d'augmenter la sécurité, même si ça réduit les libertés, on profitera peut-être des attaques pour justifier des frappes plus fortes à l'étranger ou le prolongement éventuel de la mission, etc. Il n'y rien de plus facile à manipuler qu'une population sous le choc (une théorie brillamment démontrée par Naomi Klein dans son livre The Shock Doctrine dont j'ai déjà parlé ici).
Sinon, pour l'heure, les médias sérieux tentent de nous informer avec un minimum d'informations révélées par les autorités canadiennes - rien de nouveau - et on apprend l'identité du suspect d'Ottawa via les médias américains... sans trop savoir si oui ou non il avait des complices... Ils arrivent malgré tout à remplir des heures d'information continue, un phénomène qui demeure incroyable en soi.
Les autres médias continuent de faire ce qu'ils font de mieux, c'est-à-dire de l'humour involontaire, en nous fournissant du matériel pour se détendre en rigolant un peu malgré l'aspect tragique de ces attaques. Quelques exemples dénichées en 10 minutes...


City News de Toronto offre une couverture avec bannière mélodramatique digne du Colbert Report ou du Daily Show de Jon Stewart. Tellement gros qu'on dirait une mauvaise blague.


Fox News attribue (à droite) à un "amateur" une vidéo tournée par le caméraman de radio-Canada...


... et se trompe de Parlement et de ville, en illustrant sa nouvelle avec des policiers de la SQ!


Le Journal de Québec fait de l'humour involontaire, entre carnage et Subway...


... mais ce même journal a trouvé le scoop le plus important pour rassurer les gens de Québec.


Quand au Journal de Montréal, il nous offre un pertinent reportage (voir nouvelle de gauche sur la capture d'écan).


Le journaliste Patrick Lagacé souligne sur Twitter la seule information fournie par la GRC en point de presse... information qui demeure un peu étonnante.
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