jeudi 18 septembre 2014

Une pensée pour mon arrière-grand-mère Yvonne

Yvonne MacDonald, qu'elle s'appelait, mon arrière-grand-mère... une écossaise, d'où le fait que je pense à elle plus spécialement aujourd'hui, où je me sens plus écossais que de coutume :-)
Pour elle, ce souvenir de mon passage à Édimbourg.


lundi 15 septembre 2014

Deux ans plus tard... Une question refait surface.

Note: Il est rare que ce blogue commente directement des sujets d'actualités, mais en cette fin d'été, deux sujets sur lesquels j'ai déjà écrit m'interpèlent (l'Ébola était le premier, celui-ci est le second sujet), d'où ce billet.
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J'ai été tenté de chercher un agent de police qui appréciait l'ironie d'avoir à se battre contre les mesures néolibérales imposées par le gouvernement du PLQ qui monte l'opinion publique contre les policiers (et autres employés du secteur public) à grand renfort de mensonges ou de semi-vérités (*). Évidemment, c'est plus facile pour les policiers, en plus, ils n'ont personne pour les empêcher de manifester, ou pour leur taper dessus et les arrêter sans motif valable (**).

Mais l'ironie de la situation du conflit des pensions des employés du secteur public, elle me rappelle autre chose.
C'est qu'au cœur de la crise sociale qui a secouée le Québec dans la foulée du Printemps étudiant de 2012, j'avais évoqué sur ce blogue - dans le cadre d'un billet sur le risque d'effritement social – le danger derrière l'idéologie néolibérale soutenant les arguments du gouvernement pour implanter la hausse des frais de scolarité.
Ainsi, dans une réponse à un proche me demandant de «passer à autre chose» (un proche qui n'était pas directement touché par la hausse, bien sûr, mais qui était fatigué d'en entendre parler), j'avais répondu ceci :

«... Là, les politiques néo-libérales touchent les droits de scolarité et la contribution santé. Plus tard, ça sera la RRQ, puis, qui sait, la CARRA? Ne pensez surtout pas que ça ne peut pas arriver; les mêmes politiques contrôlées par les grands financiers ont justement implanté exactement cette politique (équivalent de coupure des prestations de CARRA de 50%) aux grecs. Ça se passe aussi ailleurs dans le monde. Quand ça arrivera ici, si jamais tu n'es pas dans la rue avec moi, tu seras peut-être content que j'y sois toujours, et que je ne sois pas passé à autre chose.»

Je me demande si, en cet automne 2014, deux ans après le chaud été 2012, il se souvient de mon intervention d'alors. Certes, comme il est déjà retraité de la fonction publique, le projet de Loi 3 ne le touche pas plus directement que la hausse des frais de scolarité de 2012, mais il doit bien se rendre compte (j'espère) que ce projet de Loi est un pas dans la même direction... et que ce pas est fait dans la direction des fonds de retraite dont il bénéficie justement aujourd'hui. Évidemment, le projet de Loi 3 ne coupe rien aux retraités actuels, mais c'est un pas dans la direction que j'évoquais en 2012 et il aura été franchi en deux ans seulement.
Le pas suivant viendra donc inévitablement.
Une fois que les principes directeurs sont acceptés, rien ne permettra d'empêcher le gouvernement libéral de continuer son chemin. D'ailleurs, l'argument demeure le même: on nous rabat sans cesse l'idée que le Québec n'a pas d'argent, alors que le gouvernement Libéral a offert des congés fiscaux aux grandes entreprises, aux pétrolières, aux gazières et aux banques depuis son arrivée au pouvoir en 2003, et ces congés perdurent depuis (***).
Entre temps, comme je l'évoquais dans mon commentaire de 2012, les coupures dans les pensions ont commencé ailleurs, donc rien n'empêchera d'évoquer ces exemples pour faire de même ici à court ou moyen terme. En Espagne, on a éliminé l'indexation des pensions en 2010 et augmenté les impôts (et les taxes à la consommation) en 2012. La Grèce a coupé de 50% (en deux étapes) les pensions versées aux retraités de sa fonction publique. On me dira qu'il s'agit d'exemples dans des pays aux finances désastreuses (même si cet état de fait a profité aux financiers ayant permis et causé la crise, mais c'est une autre histoire), alors je mentionnerai le Royaume-Uni, dont le Ministre des Finances (Chancellor) a annoncé que le régime de pension devrait subir des coupures en 2015.
Ici même, depuis 2012, on voit déjà des signes que l'on va s'attaquer aux pensionnés éventuellement; le Régime de sécurité de la vieillesse (Pension du Canada), universel, a déjà été modifié en 2013 et les citoyens comme moi ne pourront toucher cette pension avant 67 ans - alors que l'âge donnant droit à cette prestation était auparavant de 65 ans. Cette mesure me privera d'un revenu de pension de plus de 12 000$, alors c'est quand même une coupure importante, même si elle n'a pas été présentée comme une coupure. On incite aussi les canadiens à repousser cette pension de 5 ans (donc la demander à partir de 72 ans dans mon cas) en bonifiant les montants, un privilège dont seuls les mieux nantis pourront profiter. Et au Québec, la commission de révision des programmes ne suggèrera certainement pas de conserver intacts les régimes comme la RRQ ou les acquis des pensionnés de la CARRA. On ne coupera pas cette année, pas aussi directement, mais on commencera à parler de réforme, de modifications, de manque à gagner, et on implantera lentement l'idée jusqu'au jour où l'on dira que ces coupures sont inévitables. (C'est une technique éprouvée qui a été utilisée par de multiples gouvernements de droite pour imposer l'austérité aux classes moyennes et inférieures sans mettre leur réélection à risque).
Je me demande réellement si celui qui m'avait interpelé en 2012 saisi l'ironie de la situation, si ça l'inquiète et s'il espère que des gens s'opposeront à cette idée, lui dont la retraite, le niveau de vie et la qualité de vie dépendent en partie d'une pension de la CARRA. Je n'irai pas jusqu'à demander si dans sa circonscription de région, il a voté pour le candidat Libéral (Philippe Couillard)...
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(*) Voir l'excellent l'Épreuves des faits, qui rappelle que la pension des députés de l'Assemblée Nationale est la plus généreuse de toutes les pensions du secteur public au Québec, régime auquel le projet de Loi 3 ne s'attaque évidemment pas.

(**) La semaine dernière, plus de 500 manifestants arrêtés pendant le Printemps Érable - en mai 2012 - ont vu leur cas abandonné par la couronne, faute de dossier probant.

(***) Pendant le court laps de temps où le PQ a été au pouvoir, minoritaire, il a vaguement tenté de s'attaquer à cet aspect de la fiscalité, mais s'est rapidement fait montrer le chemin à suivre et a reculé, avant de perdre ses élections un an plus tard.
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samedi 13 septembre 2014

Épidémie d'Ébola en 2014: Appréhender la réalité grâce à la fiction

Note: Il est rare que ce blogue commente directement des sujets d'actualités, mais en cette fin d'été, deux sujets sur lesquels j'ai déjà écrit m'interpèlent (l'Ébola étant le premier), d'où ce billet.
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Introduction
L'épidémie actuelle du virus Ébola en Afrique a poussé quelques médias à se demander si on devait craindre sa propension un peu partout dans le monde. Doit-on craindre l'Ébola?
L'Épidémie actuelle d'Ébola a débuté en décembre 2013 en Guinée, mais n'a été détectée officiellement qu'en mars 2014. L'Épidémie s'étend actuellement au Nigéria, Siera Leone, Libéria et, dernièrement, au Sénégal. En termes de nombres d'humains infectés et de nombre de décès, c'est la pire épidémie d'Ébola depuis la découverte de ce virus en 1976, au Zaïre. En fait, l'épidémie actuelle dépasse en nombre de cas et de décès le total de toutes les épidémies précédentes d'Ébola, et ce malgré un taux de mortalité plus bas que dans toutes les épidémies précédentes du virus.
Donc, oui, cette épidémie est sérieuse et oui, on doit craindre sa propension. Ce qui ne veut évidemment pas dire de paniquer en lisant ceci, confortablement installés dans votre salon en Amérique du Nord ou en Europe, les dispositifs et procédures sanitaires d'urgences en occident sont relativement développées et peuvent faire face à ce genre d'épidémie en minimisant son étendue... en principe, évidemment, puisque nous n'avons jamais fait face à a menace réelle d'Ébola (je parle du Québec et du Canada, par exemple).
On peut par contre se rabattre sur les oeuvres de fiction pour comprendre comment se déroulerait les événements en cas d'épidémie d'Ébola en occident.
Au fil des décennies écoulées depuis 1976, plusieurs oeuvres de fiction, littéraires et cinématographiques ont mis en scène des maladies causées par des virus dévastateurs, ou encore des épidémies, généralement contrôlées à des fins dramatiques. L'émergence du Virus d'Immunodéficience Humaine (VIH), causant le Sida, a contribué à la prolifération des oeuvres de ce genre depuis les années 80. L'émergence du VIH a aussi contribué à la conscientisation de la population face aux réels dangers que posent les virus.

Bref retour en 1997
En 1997, dans le cadre d'un article publié dans la revue Solaris (1), j'explorais les points communs entre réalité et fiction, en documentant nos connaissances sur le virus Ébola et en utilisant comme cas-type le roman The Stand (Le Fléau) de Stephen King, publié en version courte en 1978 et réédité en version intégrale en 1991. Lorsque Stephen King a publié The Stand pour la première fois en 1978, la réaction générale du public a été favorable au roman en tant que fiction, mais tous les lecteurs s'accordaient à dire que la situation décrite était fortement improbable, voire même impossible. Imaginer un virus aussi destructeur ayant la propriété d'être extrêmement contagieux, tout en se propageant par voie aérienne était tout bonnement trop effrayant. Sauf qu'en 1978, le VIH était méconnu, pour ne pas dire inconnu et le virus de King semblait relever du surnaturel. En 1991, lors de la réédition du roman, après une décennie marquée par le sida, l'aspect terrifiant du virus était moins perturbant, puisque des virus semblables paraissent nettement possibles aujourd'hui. Et de tels virus existent bel et bien, l'Ébola étant l'un d'entre eux et en fait aujourd'hui la preuve dans 4 pays d'Afrique. Ébola est d'ailleurs le plus terrifiant de ces virus.

Le virus de la Grippe A imaginé par Stephen King dans The Stand
Plusieurs éléments concernant le virus fictif mis en scène sont fournis dans le roman de Stephen King: symptômes provoqués, mode de transmission, degré de contamination et de mortalité, etc. Examinons donc ces données en détail.
Le virus de King semble être une mutation du virus de la grippe, qui est appelée «Grippe A», dans le roman. Il s'agit d'un virus aérogène, c'est-à-dire transmissible par voies aériennes, et qui comporte un degré de contamination de 99,4%. Bref, un virus très facile à transmettre d'un individu à l’autre. L'épidémie déclenchée dans le roman ne prend pas son origine dans un contact avec un réservoir naturel du virus. Il s'agit d'un virus étudié (ou créé) dans un laboratoire militaire. Un accident survient, un problème de sécurité, des réactions bien humaines, et voilà qu'un homme infecté se sauve, porteur du virus. C'est le «cas originel» du roman; le personnage du gardien Campion.
Campion demeure «négatif» pendant plus de cinquante heures. Il est parti du désert de l'ouest de la Californie et se rend sans trop de problèmes jusqu'à Salt Lake City. Deux jours plus tard, il arrive au Texas, où il s'arrête et meurt des suites de l'infection. Bien évidemment, Campion a infecté sa femme et sa fille, en plus d'un nombre incalculable de personnes sur sa route.
Les symptômes du virus inventé par King sont les suivants: un peu de toux et de migraine pour commencer, perte d'appétit, puis la toux devient plus sévère, accompagnée de sécrétions. La fièvre prend le dessus, le cou se gonfle, les yeux noircissent, le nez coule... Finalement, la respiration devient difficile, avec des gargouillis, «comme si quelque chose clapotait au fond de [la] poitrine», puis le patient décède. Le tout se passe rapidement. On peut le déduire évidemment du fait que Campion et sa famille sont morts en quelques jours, mais aussi par des descriptions du laboratoire militaire, où les gens sont morts assez vite pour être simplement demeurés un peu partout dans la base. Bref, ils sont morts sur place, très rapidement. L'autre exemple évident est celui de cette insoutenable scène dans le Tunnel Lincoln, où des centaines de gens sont morts dans leur voiture...
Avec un taux de contamination de 99,4%, le virus imaginé par King peut se propager très rapidement. L'épidémie qu'il a imaginée est crédible, compte tenu de la description de son virus.
Mais une telle mutation de la grippe est-elle possible? Peut-être. La grippe espagnole qui a fait de nombreuses victimes au début du siècle en est une preuve. Heureusement, elle était moins dévastatrice et se propageait moins rapidement que le virus de King. Sauf que la grippe n'est pas le seul virus pouvant être potentiellement mortel pour l'humain. Nous connaissons aujourd'hui une famille entière de virus qui atteint des taux de mortalité épouvantables; les filovirus, dont Ébola fait partie.
Il existe plusieurs souches (ou variétés) du virus provoquant la fièvre Ébola; la souche originalement identifiée comme Ébola Zaïre porte aujourd'hui le nom de virus Ébola, et c'est elle qui fait actuellement les ravages qui font la manchette quotidiennement. Dans des épidémies précédentes, le virus Ébola était mortel pour 90% des humains infectés. La variété Soudan tuait quand à elle 60% des gens infectés. Bref, Ébola est un fléau éradicateur presque digne du roman de Stephen King.
Les symptômes de la fièvre Ébola ressemblent également à ceux mis en scène par King dans son roman en 1978. En fait, Ébola démolit d'abord le système immunitaire (comme le fait le VIH). Sauf que l'Ébola est cent fois plus rapide. Une fois le système immunitaire mis k.o., le virus a la voie libre pour se multiplier à une vitesse effroyablement destructrice. Même s'il s'y prend différemment, la destruction du système immunitaire que le sida met dix ans à accomplir, L'Ébola l'accomplit en dix jours.

D'où vient l'Ébola?
Toutes les recherches indiquent que la forêt vierge d'Afrique abrite les réservoirs naturels de l'Ébola. Ces réservoirs peuvent être n'importe quel organisme vivant, des unicellulaires (quoique ce soit peu probable ici) aux vertébrés, en passant par les insectes. Il y a des dizaines de milliers d'espèces dans ce coin du monde. Ça complique la recherche. Actuellement, plus de 3000 espèces animales et des dizaines de milliers d'insectes font l'objet de recherches fouillées. Géographiquement, les recherches ciblent la région du mont Elgon, près de la vallée du Rift. (Il est ironique que l'organisme qui pourrait pratiquement éradiquer l'humain de la planète a ses origines dans un endroit voisin de celui des origines de l'humain...).
Bref, en plus de ne pas connaître l'hôte principal, on ne sait pas précisément où chercher ce réservoir. Des expéditions passées ont échoué dans des recherches semblables. Les résultats n'ont pas été publiés.
Mais même si l'on est incapable de le voir venir, l'Ébola surgit de nulle part et frappe périodiquement.

Les épidémies
Dans The Stand, Stephen King nous brosse une épidémie dévastatrice. L'élaboration littéraire de son épidémie est une brillante démonstration de la propagation d'un virus tel que celui mis en scène par King. Un virus à haut taux de contamination et qui tue rapidement.
Dans le roman, Campion est le cas initial de l'épidémie (oublions les autres personnes contaminées et mortes à l'intérieur de la base militaire, Campion ayant été le seul à sortir avec le virus). Il contamine, entre autres, le petit groupe d'amis de la station-service d'Arnette, Texas, groupe qui comprend le propriétaire, Hapscomb. Le lendemain, le cousin du propriétaire, Joe Bob, se pointe à la station pour être contaminé par Hapscomb. Ce cousin est policier et il traverse la moitié du Texas... Et voici comment King décrit le processus de contamination:
«Le 18 juin, cinq heures après avoir parlé à son cousin Bill Hapscomb, Joe Bob Brentwood arrêta une voiture (...) Il s'agissait de Harry Trent de Braintree, agent d'assurance. (... ) Et il donna à Harry Trent beaucoup plus qu'une simple contravention. Harry Trent, un homme sociable qui aimait son travail, transmit la maladie à plus de quarante personnes ce jour-là et le lendemain. (...) Le 19 juin, Harry Trent s'arrêta pour déjeuner chez Babe's Kwik-Eat, dans l'est du Texas (...) il infecta Babe, le plongeur, deux routiers, le livreur de pain (...) Quand il sortit, une voiture arrivait, remplie à craquer d'enfants et de bagages. (...) Plaque de New-York. Le conducteur avait baissé sa vitre pour demander à Harry (...) Le NewYorkais était Edward M. Norris, lieutenant de police. (...) Ils passèrent la nuit dans un motel d'Eustace, dans l'Oklahoma. Ed et Trish infectèrent la réceptionniste. Les petits (...) infectèrent les enfants qui jouaient sur le terrain de jeu du motel — des enfants qui se rendaient dans l'ouest du Texas, en Alabama, en Arkansas et au Tennessee. (...) Aux petites heures du matin, Trish réveilla Ed pour lui dire que Heck, le bébé, était malade. (...) À deux heures de l'après-midi, ils étaient dans la salle d'attente du docteur Brenden Sweeney. Ed avait commencé à éternuer lui aussi. La salle d'attente était pleine. (...) dans la salle d'attente, ils transmirent la maladie (...) à plus de vingt-cinq personnes, dont une solide matrone qui était simplement venue payer ce qu'elle devait au médecin. Avant de transmettre la maladie à tous les membres de son club de Bridge. (...) Cette solide matrone était Mme Robert Bradford, Sarah Bradford pour ses amis (...). Elle et Angela allèrent prendre un verre (...) elles réussirent à infecter tous ceux qui se trouvaient dans le bar dont deux jeunes hommes (...). Le lendemain, ils repartirent en direction de l'ouest, en répandant la maladie sur leur passage. Les réactions en chaîne ne sont pas toujours faciles à amorcer. Celle-ci ne se fit pas prier. (...) Sarah rentra chez elle pour infecter son mari, ses cinq amis qui jouaient au poker avec lui, et leur fille, Samantha (...). Le lendemain, Samantha allait infecter toute la piscine de Polliston. Et ainsi de suite.»
Les épidémies ne sont que ça: des réactions en chaîne. Elles sont aussi étendues que le permettent les conditions, dont le taux de contamination et le mode de transmission. Ainsi, il s'est produit plusieurs épidémies d'Ébola au fil des années...
La première épidémie connue d'Ébola a eu lieu au Zaïre, en septembre 1976. L'épidémie a débuté dans un hôpital de mission, à Yambuku. L'Ébola s'est déclaré presque simultanément dans 55 villages de la région. 280 personnes atteintes, avec un taux de mortalité de 90%. L'Ébola devenait alors le micro-organisme le plus «mortel» après la peste bubonique. L'épidémie a été contenue par des mesures de quarantaine très sévères. Le virus disparut complètement sans que l'on ne sache d'où il était venu. On baptisa le virus Ébola, du nom d'une rivière affluent du fleuve Congo, tout près de «l'épicentre» de l’épidémie.
L'épidémie suivante a eu lieu au Soudan, toujours en 1976. Une souche légèrement différente, et moins virulente, avec un taux de mortalité de 60%. Puis, une autre épidémie au Zaïre en 1977, puis de nouveau au Soudan, en 1979. À chaque occasion, la seule solution fut la quarantaine. On place les patients en isolement complet et on attend! La majorité meurent, les autres survivent. Le virus, une fois l'hôte mort, ne survit pas très longtemps. Fin de l'épidémie. Par la suite, quelques cas isolés seulement, jusqu'en 1990.
C'est en effet au moment de la sortie du film Outbreak à l'été 1995 que, comme pour narguer les humains, l'Ébola frappa encore une fois. Et cette fois, c'est bien l'Ébola Zaïre. Le virus infecta 315 personnes. 244 moururent. La baisse du taux de mortalité est due à un traitement au sérum sur plusieurs victimes. Le traitement au sérum d'Ébola Zaïre semble donc atténuer l'impact du virus et c'est depuis cette épidémie que l'on utilise ce genre de traitement pour tenter de sauver les personnes infectées.
D'autres apparition d'Ébola ont depuis été contenues; Côte d'Ivoire, Gabon, Ouganda, on a même eu des cas de primates infectés aux Philippines et en Chine, mais par une souche (Reston) quasi inoffensive pour l'humain.

Conclusion
Après avoir pris connaissance des manifestations de l'Ébola parmi les humains, on peut relever quelques remarques intéressantes. Tout d'abord, on remarque que l'incroyable virulence d'Ébola nuit à son amplification dans la population humaine. En effet, le virus tue tellement vite que la contagion n’a pas le temps de se propager largement. Cet élément est important car il permet de contenir le virus par des mesures de quarantaine efficaces. Les procédures de quarantaine appliquées jusqu'à présent sont donc de plus en plus efficaces pour limiter ou empêcher la propagation du virus loin du center de l'épidémie. Par comparaison, le VIH s'est propagé lentement mais sûrement parmi toute la population mondiale et l’amplification se poursuit toujours. On remarque que c'est d'ailleurs un des problèmes majeurs de l'épidémie de 2014; la difficulté de contenir la propagation par la quarantaine, en grande partie à cause de résistance locales et culturelles ou par un manque d'éducation ou de confiance de la population locale face aux autorités ou aux ONG qui tentent d'intervenir.
En 1997, je mentionnais que «l'Ébola est une forme de vie qui existe depuis très longtemps. Il est fort possible que l'Ébola survivra à l'humanité sur Terre. En fait, c'est peut-être l'organisme qui causera la disparition éventuelle des humains. Ce ne serait certainement pas la première fois qu'un virus de ce type cause la disparition d'une espèce».
Sans devoir paniquer pour autant, je vous invite à voir (ou revoir) l'excellent film du cinéaste Steven Soderbergh (sortie en 2011), Contagion, certainement l'oeuvre de fiction la plus crédible sur une propagation de virus mortel dans une société occidentale qu'il m'ait été donné de voir. Le film montre bien comment fonctionne la contagion, quelles sont les procédures en place dans les pays occidentaux pour y faire face le cas échéant, et comment ce genre de suivi et de quarantaine est essentiel pour arrêter le virus. Il n'y a généralement que deux autres moyens de voir la fin d'une telle épidémie; soit le virus contamine tout le monde et ne laisse que les survivants sur son passage, soit qu'à force de subir des mutations, il fini par s'amenuiser de lui-même en effectuant une mutation ou un changement qui défavorise sa propagation.
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(1) Cet article est une adaptation de Virus: Réalité et fiction dans The Stand, de Stephen King, Solaris 122, été 1997.

mardi 2 septembre 2014

Un été de congé et le retour du blogueur

Pour la première fois depuis la création de ce blogue, j'ai pris un réel congé, au sens où même pendant les périodes (rares) sans publication s'étant produites auparavant, j'écrivais ou préparais des billets, effectuais de la recherche, ou transcrivais mon journal de voyage avant de mettre le tout en ligne un peu plus tard.
Cet été, après mon retour de voyage en Italie/Turquie/Grèce, je n'ai pas seulement pris congé de publication sur le blogue, j'ai pris congé de blogue tout court. Aucune recherche, aucune photo, aucun article en préparation, rien.
Même si le concept des blogues est encore relativement populaire (via les sites des médias traditionnels surtout), la plupart des citoyens ordinaires du web s'expriment sur les réseaux sociaux, essentiellement sur Twitter et Facebook, deux plateformes où j'ai une présence, même si je n'y suis jamais l'individus le plus actif ou le plus "sociable" (au sens du nombre d'amis ou de contacts).
Ainsi, malgré cette tendance (lourde) grâce à laquelle les gens ne lisent presque que plus que des statuts de 140 caractères ou des très courts paragraphes (s'ils sont accompagnés de photos ou vidéos), je continue de penser que le blogue est un format intéressant à explorer, ne serait-ce que par la flexibilité qu'il donne au rédacteur d'explorer avec un peu plus de profondeur le sujet qu'il traite dans un (ou plusieurs) billet(s).
Ce n'est pas nécessairement la méthode utilisée lors de mes précédents voyages, mais pour l'Italie, par exemple, j'ai tenté (malgré la publication de photos) d'explorer quelques éléments des voyages que je n'avais pas ou peu traités avant, souvent en me servant du parallèle entre moi et mon père (qui s'est très aimablement prêté au jeu, en plus des autres facteurs qui influencent toujours un voyage en cours).
Ainsi, après ce congé d'été, me revoilà donc.
Je ne pense pas, maintenant que j'ai effectué une longue réflexion sur le blogue et mes contributions - réflexion effectuée en début d'année sur ce blogue-même - reprendre un rythme accéléré de publication de billets, mais je vais certainement y aller de contributions relativement approfondies sur divers sujets.
Ce n'est certes pas parce que mon été a été ennuyant que je n'ai pas publié de billets sur mes activités (essentiellement profiter de l'offre artistique de Montréal en été), mais de retour de voyage (un 3e voyage en quelques mois à peine), j'avais besoin d'une pause. Ce besoin s'ajoutait à un sentiment d'avoir déjà publié des billets sur un été montréalais passé aux Francos, au Jazz, à Juste pour Rire, au cinéma, au concert en plein air ou à la maison symphonique (été 2009 et plusieurs billets lors d'autres événements similaires), bref, je voulais éviter de me répéter, même si les activités de cet été ne mettaient évidemment pas en scène le même matériau ou les mêmes artistes que dans des billets antérieurs.
Je vous souhaite donc un bel automne, en compagnie de votre blogueur indépendant québécois favori (une formule que j'emprunte au toujours excellent Pierre Lapointe, que j'ai eu le plaisir de voir deux fois cet été).
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mardi 1 juillet 2014

Le détour grec: L'île de Kos

Troisième et dernier billet sur mon détour grec.
Kos n'est pas qu'une ville, c'est aussi le nom de l'île où se trouve cette ville. Une des très nombreuses îles grecques. Nous avons exploré l'île, en autant que faire se peut en l'absence de transports efficaces.


Parlant transport, voici à quoi ressemblaient les taxis d'un côté de l'île :-).


À la plage, je n'ai pu résister à la tentation d'ériger un petit inukshuk. à l'horizon, la Turquie.


Quelques chèvres observées en attendant un bus.


Cette satanée chapelle a été tout un défi à atteindre; il y a un petit resort à environ 20 min de bus de la ville de Kos et c'est définitivement un des endroits les plus mal développés en terme d'urbanisme que j'ai pu visiter de ma vie.


Mes complices sur cette belle plage mal exploitée, avec quelques hôtels laids en bordure de mer, et la route qui passe parfois à quelques mètres à peine de l'eau...
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Intéressante visite, que cette île de Kos. ne serait-ce que pour le choc culturel après mon séjour en Italie et mon arrivée en Turquie... fascinante expérience de passer de l'une à l'autre de ces trois cultures en quelques jours à peine.
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Le détour grec: La ville de Kos

Second de trois billets photos sur mon détour grec de la fin mai dernier.


L'île de Kos (Cos en français, se prononce Coss) est une jolie affaire achalandée mais baignant dans un calme relatif bercé par la mer.


Le centre-ville est charmant, avec ses églises à toits bleus et ses rues piétonnes.


Beaucoup de ruines à Kos, puisque l'endroit a été habité depuis des millénaires. On retrouve donc un château en ruine, une affaire assez vaste et relativement peu entretenue où poussent les herbes hautes à travers les murs et tourelles éparses en bord de mer. Étrange construction (qui aurait été érigée à la hâte avant un conflit), des pierres de temples antiques ont été utilisées et on peut voir ici et là des bas-reliefs ou des anciens blasons qui n'ont rien à voir avec le château lui-même.


Les autres ruines de Kos sont vraiment difficiles à visiter, puisqu'elles sont très anciennes et dans un état de délabrement assez triste. L'accès y est gratuit, mais les hautes herbes rendent difficile la visite ou l'interprétation; les panneaux sont déglingues, absents ou couverts de graffitis.


On découvre parfois des planchers de mosaïque à peine protégés (celui-là l'était, par un petit toit de tôle, heureusement).


De l'agora de Kos aux autres temples de l'époque de la Grèce antique, les ruines dans les champs d'herbes côtoient les édifices modernes de la ville.


Exemple de vestige non protégé. Notez que je ne blâme pas les autorités locales, on voit qu'il y a eu effort dans le passé pour développer les sites (et les exploiter, il y a des cabanes qui sont maintenant fermées). On voit surtout aujourd'hui ce qui est probablement le résultat des coupes dans les budgets gouvernementaux qui n'ont plus les moyens de s'occuper des sites historiques.


Théâtre restauré.


Une des rues piétonnes.


Charmante rue de Kos.


Scène de carte postale typiquement grecque, non?
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Le détour grec: chez Hippocrate

Lors de mon récent séjour en Turquie, j'ai fait un petit détour improvisé par la Grèce.


Ce détour m'A mené au pied de cet arbre, où, dit-on, Hippocrate enseignait à ses élèves.


Hippocrate de Cos est généralement considéré comme le père de la médecine (d'où le serment du même nom que prennent nos médecins encore aujourd'hui - en principe).


À Cos, l'île d'où Hippocrate est originaire, on retrouve ainsi les ruines de l'Asclépiéion, un sanctuaire de santé - de guérison, soit les vestiges d'un des premiers ancêtres des hôpitaux.


Ce centre de santé est dédié à Asclépios (d'où le nom de l'endroit), fils d'Appolon et Dieu de la guérison.


Et ce serait dans ce centre, à Cos, qu'Hippocrate aurait étudié et développé ses idées sur la médecine.
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mardi 17 juin 2014

Artemision de Selçuk: vestiges d'une des sept merveilles du monde antique

Voici un site qui a été une très belle surprise pour moi. Non pas qu'il soit particulièrement bien préservé ou qu'il comporte encore des structures spectaculaires, rien de tout cela à l'Artemision.


En réalité, il ne reste que quelques vestiges de fondations, et des fragments de colonnes qui ont été ré-empilées pour former deux structures.
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J'ai toujours cru que des sept merveilels du monde antique, seule la pyramide de Khéops était encore debout. Si cette information est véridique, on sait tout de même où se trouvaient quelques autres merveilles, et même si à peu près rien ne demeure du Temple d'Artémis original érigé près d'Éphèse, c'est tout de même incroyable de se trouver là où se tenait une des sept merveilles du monde antique, non?


Ainsi, le visiteur n'a pas grand chose à se mettre sous la dent (ou sous la caméra) à l'Artemision, outre le fait de savoir où il se trouve au moment où il contemple les vestiges en question.


S'il ne reste à peu près rien du Temple d'origine, c'est évidemment qu'après sa destruction (par un incendiaire qui désirait que son nom passe à la postérité), une partie des pierres a été utilisée pour ériger d'autres édifices - comme la Basilique St-Jean à Selçuk, un kilomètre en arrière (voir première photo)... et que le site n'a été redécouvert qu'en 1869 par des britanniques... qui ont donc ramené au Brittish Museum les rares artéfacts sculptés ayant survécu dans les ruines.


Un tout petit site, dont j'ignorais originalement l'emplacement exact. J'ignorais même que l'on en connaissait l'emplacement exact, et sa découverte a donc été une belle surprise de voyage.
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vendredi 13 juin 2014

On croise toujours plus d'évangélistes qu'on imagine...

Lors de mon arrivée à Selçuk en Turquie, j'avais publié un court billet mentionnant que j'étais tombé sur le tombeau d'un second évangéliste en trois jours.
Je parlais alors des restes de Jean l'évangéliste, mort à Éphèse (où il aurait écrit son évangile), et dont le tombeau avait été placé dans la basilique St-Jean, aujourd'hui en ruine, sur une colline de Selçuk.
Ruines de la basilique St-Jean; tombeau de l'évangéliste,
à droite. Selçuk, Turquie.
Je croyais alors qu'il succédait, dans mon voyage, à Marc l'évangéliste, dont le tombeau a été volé près d'Alexandrie en l'an 828 et installé à Venise, dans une basilique construite à cette fin. Note intéressante, toutefois, en 1968, Paul VI aurait rendu les reliques au Caire, mais à Venise, on continue de prétendre qu'on les a conservées et que seules des reliques de contact auraient été remises au Caire.

Basilique St-Marc de Venise, Italie.
Ce que je n'avais pas réalisé, c'était que j'avais croisé les restes d'un autre évangéliste dans ce voyage, avant Marc. En effet, originalement, le tombeau de Luc l'évangéliste, avait été déplacé de Patras à Constantinople (Istanbul, où je suis passé entre Venise et Selçuk, mais sans visiter le site de l'ancienne église ayant abrité le corps de Luc). Par contre, les reliques ont été dispersées après la chute de Constantinople. Ainsi, si certaines se sont retrouvées à Rome, d'autres étaient à Padoue (dans un reliquaire de la Basilique Ste-Justine), voisine du Prato della valle, où j'ai pris une pause repas avec mes parents avant notre trajet vers Venise.

Prato della valle, Padoue, Italie.
Évidemment, j'aurais pu faire mieux, si mon voyage en Italie m'avait mené plus au sud, à Salerne, où reposerait Mathieu l'évangéliste, son corps y ayant été transféré après sa mort en Éthiopie. Je me suis tout de même approché de quelques km de ce 4e évangéliste, puisque par un hasard amusant, le train de banlieue qui m'a mené de Naples à Pompéi avait comme destination ultime la ville de Salerne, à quelques km à peine de Pompéi.
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Je m'en voudrais de terminer ainsi ce pèlerinage imprévu sans mentionner un tombeau qui, dans la chrétienté est encore plus important que ceux des évangélistes; celui de Marie, mère de Jésus.
En effet, si on en croit Jean l'évangéliste lui-même, «Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: "Femme, voici ton fils." Puis il dit au disciple: "Voici ta mère." Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui» (ch 19, 26-27).
Ainsi, Marie aurait terminé sa vie... à Éphèse et le tombeau de Marie, mère de Jésus, serait près d'Éphèse et Selçuk, puisqu'elle y a accompagné Jean, à qui Jésus l'avait confié.
(Ça serait aussi pour cette raison que l'église érigée au 3e siècle non loin du théâtre d'Éphèse porte le nom de Ste-Marie).
Chemin marqué d'une statue dorée, menant au tombeau de
Marie, près d'Éphèse, Turquie.
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