mercredi 22 octobre 2014

Politique étrangère, attaques... et médias pertinents

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les attentats de St-Jean et d'Ottawa vont faire réfléchir des gens sur la sécurité relative dans un pays d'occident qui s'implique directement dans des attaques militaires en pays étrangers (sans être une initiative de l'OTAN ou de l'ONU). C'est toujours ok quand la terreur, les bombes et les attaques individuelles se passent dans un autre pays, on écoute les informations distraitement et on passe à autre chose.
On discutera possiblement de la définition de terrorisme - je suis de ceux qui pensent que l'attentat de St-Jean relevait plus d'un acte criminel alors qu'il semble que celui d'Ottawa remplisse plus les critères d'un acte terroriste (vu la cible plus claire, le Parlement), même si pour le moment, on ne connait ni l'état d'esprit de ceux ayant commis ces actes, ni leurs motifs (bien qu'on puisse faire des conjecture vu leur auto-proclamations religieuses radicales).
[Ajout 23 octobre: Selon les infos disponibles ce matin, on dirait qu'il s'agit du même genre d'acte criminel, qui pour moi ne correspond pas à la définitions de terroriste, même si le criminel en question semble s'inspirer de sa religion pour agir et qu'il a littéralement semé plus de terreur sur son passage. Ceci devrait aussi nous faire réfléchir sur les ressources en santé mentale, puisque dans les deux cas, on parle de problèmes de santé mentale, ce qui reste évidemment à confirmer, mais qui demeure un problème où l'on coupe plus de ressources qu'on en fournit].
Une chose est certaine, les gens vont peut-être réaliser l'impact de cette politique de va-t-en guerre et l'impact la politique étrangère du Canada depuis quelques années (années conservatrices, clairement), tous sujets confondus. Il ne faut pas nous étonner (contrairement à la GRC, voir ci-bas) si certains radicaux locaux passent à l'action. Ça aurait pu arriver avant, c'est ce dossier-ci qui a allumé ces deux-là, ça pourrait aussi arriver dans le futur - toute l'histoire récente de l'approche de lutte au terrorisme à l'américaine nous prouve que ces effets secondaires sont prévisibles... Certains électeurs qui votent sans trop s'informer ou ne se rendent pas compte de ce qui se passe réaliseront peut-être que les gens qui sont élus prennent des décisions qui parfois, ont des répercussions ailleurs dans le monde, et que ces répercussions peuvent trouver écho au Canada par la suite. C'est parfois long avant de voir ce genre de choses arriver, et il est impossible (ou difficile dans la plupart des cas) de pouvoir établir avec précision des relations de cause à effet, mais ça fera peut-être réfléchir un peu plus les gens avant qu'ils ne votent, la prochaine fois.
Il est dommage que peu de journalistes mentionneront que les attaques visent le pouvoir décisionnel et l'armée mais font aussi leur jeu - on ne s'étonnera pas que la réponse des autorités sera certainement d'être encore plus ferme dans les décisions prises; on proposera d'augmenter la sécurité, même si ça réduit les libertés, on profitera peut-être des attaques pour justifier des frappes plus fortes à l'étranger ou le prolongement éventuel de la mission, etc. Il n'y rien de plus facile à manipuler qu'une population sous le choc (une théorie brillamment démontrée par Naomi Klein dans son livre The Shock Doctrine dont j'ai déjà parlé ici).
Sinon, pour l'heure, les médias sérieux tentent de nous informer avec un minimum d'informations révélées par les autorités canadiennes - rien de nouveau - et on apprend l'identité du suspect d'Ottawa via les médias américains... sans trop savoir si oui ou non il avait des complices... Ils arrivent malgré tout à remplir des heures d'information continue, un phénomène qui demeure incroyable en soi.
Les autres médias continuent de faire ce qu'ils font de mieux, c'est-à-dire de l'humour involontaire, en nous fournissant du matériel pour se détendre en rigolant un peu malgré l'aspect tragique de ces attaques. Quelques exemples dénichées en 10 minutes...


City News de Toronto offre une couverture avec bannière mélodramatique digne du Colbert Report ou du Daily Show de Jon Stewart. Tellement gros qu'on dirait une mauvaise blague.


Fox News attribue (à droite) à un "amateur" une vidéo tournée par le caméraman de radio-Canada...


... et se trompe de Parlement et de ville, en illustrant sa nouvelle avec des policiers de la SQ!


Le Journal de Québec fait de l'humour involontaire, entre carnage et Subway...


... mais ce même journal a trouvé le scoop le plus important pour rassurer les gens de Québec.


Quand au Journal de Montréal, il nous offre un pertinent reportage (voir nouvelle de gauche sur la capture d'écan).


Le journaliste Patrick Lagacé souligne sur Twitter la seule information fournie par la GRC en point de presse... information qui demeure un peu étonnante.
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dimanche 19 octobre 2014

Quand la nouvelle devient trop complexe pour les nouvelles, que penser?

Dans l'actualité locale québécoise et canadienne cette semaine, on retrouve la question de l'implication du pays dans la réaction aux actions de l'EI au Moyen-Orient. Personnellement, mon réflexe est de tenter de comprendre suffisamment la situation pour me faire une opinion quand à la participation du Québec et du Canada à la réaction internationale (1).
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Mon intérêt pour le conflit EI/Irak/Kurdes/Syrie découle de deux origines.
La première, c'est que je voyage, et qu'en le faisant en indépendant, je ne retrouve pas dans des enclaves touristiques bien léchées et externes aux villes ou populations locales. Ainsi, règle générale, je me retrouve dans le vrai monde, même si dans ce vrai monde, je visite souvent des lieux ou sites historiques ou d'intérêt touristique. C'est comme ça que j'ai souvent été - sans même le rechercher - témoin de manifestations, d'affrontements légers, ou de mouvements citoyens lors de mes voyages.
Ces voyages ont un autre effet - à part me faire voir le reste du monde tel qu'il est lorsque j'y mets les pieds - ils rapetissent ma planète. Quand on parle d'événements qui touchent directement un pays où je suis allé, la nouvelle m'interpèle personnellement, et pas qu'à un niveau humaniste ou politiquement intéressé, mais à un niveau vraiment personnel, puisque ces lieux font désormais partie de moi, de ma vie, des éléments qui font qui je suis.
La seconde origine vient de centaines de textes de sciences politiques que j'ai eu l'occasion (et le privilège) de lire dans les cinq dernières années, par l'accès aux revues scientifiques sur le sujet dont j'ai pu profiter via les études de ma conjointe. Pour un lecteur intéressé, avoir accès à des milliers de publications donne le vertige, mais procure aussi des lectures approfondies et de qualité supérieure à l'information qui nous est généralement accessible au quotidien.
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Je n'ai jamais mis les pieds en Irak, ni en Syrie, ni même dans la région que l'on pourrait appeler le Kurdistan (pour peu que l'on en reconnaisse l'existence qui chevauche quatre pays). Pourtant, j'ai récemment fait un court séjour en Turquie, où j'ai entre autres exploré le sud-ouest, à gauche sur la carte suivante: (Izmir, Soke, Bodrum et l'île grecque de Kos apparaissent sur la carte). Mon ami et compagnon de voyage Istvan s'est rendu jusqu'à Konya avant que je le rejoigne à Selçuk.


Les combats actuels les plus intenses se déroulent à Kobané (point rouge sur la carte), à la frontière entre la Syrie et la Turquie.
Je me sens donc interpelé par cette proximité à ma planète personnelle (l'univers que j'ai visité), mais aussi par la complexité des enjeux et acteurs du conflit, qui dépassent tout ce que les médias arrivent à nous transmettre. Je ne jette pas la pierre aux médias (et encore moins aux journalistes), c'est leur modèle d'information qui est en cause; il est absolument impossible d'expliquer ce conflit en topos de deux minutes ou en articles de 500 mots.
Si on se limite en plus aux informations en français (ou une seule langue, peu importe laquelle), les dossiers approfondis deviennent plus difficiles à dénicher.
Il est pourtant clair que le laisser-faire international dans la crise/rébellion syrienne a permis l'avènement de cette situation (et sa perte de contrôle), comme l'a fait l'intervention stupide (et ratée) des américains en Irak en 2003 et l'abandon du pays à son sort par la suite. Il semble aussi évident que la situation conflictuelle des kurdes en Turquie ait été sous-estimée et c'est peut-être cette situation qui permet le mieux d'illustrer, comme un microcosme du conflit global, la complexité de ce dernier.
Doit-on aider son ennemi - et même l'armer - pour combattre un pire ennemi commun au risque que notre ennemi se serve ensuite de ces armes contre nous? (2)
Question intéressante et représentative de la complexité de ce conflit.
En effet, le gouvernement turc se retrouve avec un dilemme difficile (voire impossible) à résoudre: Si elle aide à combattre l'EI (la Turquie condamne évidemment les actions de l'EI), elle renforce la position de son "ennemi intérieur" (qui combat la Turquie pour les droits des kurdes de ce pays et prône la création d'un état indépendant kurde). Et on ne parle pas ici de simple débat d'idées, ici, mais bien de combats, de mouvements d'armes, d'implication militaire (ne serait-ce que pour offrir un corridor humanitaire sécurisé).
Je n'ai évidemment pas la prétention de vouloir expliquer cette complexité ici, mais j'ai pour ambition de comprendre suffisamment la situation pour me faire une opinion quand à la participation du Canada à la réaction internationale.
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Si jamais la chose vous intéresse aussi, si vous aimeriez mieux comprendre ce qui se passe et pourquoi il est délicat et difficile de décider si on doit intervenir (et qui doit le faire, et comment), je vous suggère quelques pistes de lecture ici bas. Certains passages aident également à comprendre la responsabilité historique des pays de l'occident dans la situation, qui remonte au partage des restes de l'empire ottoman parmi les puissances coloniales à la fin de la première guerre mondiale.
Et comme on nous parle surtout de terroristes (3) quand on aborde la question des conflits aux Proche-Orient et au Moyen-Orient, il est toujours pertinent de rappeler que les héros des uns sont les terroristes des autres (et vice-versa) alors que la question est nécessairement plus complexe que ça; les échecs des interventions américaines dans leur guerre au terrorisme sont là pour nous le rappeler. L'actuelle situation en Irak vient douloureusement hanter nos voisins amateurs de solutions armées, au moment où ils frappent à notre porte pour les aider et les soutenir. Est-ce une bonne idée de le faire, et de la manière choisie par le gouvernement canadien?
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Notes:
(1) Actuellement, l'engagement du Canada découle d'une motion approuvée par le parlement canadien (majorité du gouvernement Harper qui a aussi imposé le bâillon) le 7 octobre dernier selon laquelle le pays s'engage dans des frappes aériennes (jusqu'à six mois) sans qu'il ne soit question de participer à des opérations terrestres. On apprend par contre que le mandat est plus large et comprend la fourniture d'armes à "des alliés dans le nord de l'Irak" (source: Radio-Canada ).
L'opposition officielle s'est prononcé contre ce plan d'action du gouvernement Harper, que le NPD qualifie d'improvisé et mal défini. L'opposition propose plutôt une réponse humanitaire (source: NPD).
La seconde opposition à Ottawa n'a pas non plus appuyé l'initiative du gouvernement Harper, mais ses propos sont ambigus, et le député Marc Garneau a déclaré qu'une fois la mission débutée, son parti appuierait les soldats canadiens (sources: PLC et deux articles du journal Le Devoir.
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(2) La question se pose pour la Turquie en ce moment, mais la même question s'applique à plusieurs des interventions américaines au Moyen-Orient (voir la guerre Iran-Irak, par exemple).
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(3) Gérard Chaliand rappelle d'ailleurs que «Les succès du terrorisme, à proprement parler, en Occident au cours des années qui ont suivi les attentats du 11 Septembre sont quoi qu’on dise très limités. On est loin des perspectives apocalyptiques annoncées par Oussama Ben Laden il y a une douzaine d’années. Nuisance coûteuse, le terrorisme international reste un phénomène surtout psychologique dont les médias garantissent le retentissement démesuré par rapport à ses effets physiques» (dans "Les jeux de l’échiquier au Proche et Moyen-Orient", NAQD, 2014, 31, p.83-93).
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Références - Médias traditionnels:
Trois articles sur la situation de la Turquie:
La Turquie veut-elle vraiment la paix avec les Kurdes? (France24)
Turquie : "Les Kurdes risquent de se retourner contre nous" (France24)
Pourquoi la Turquie ne vient-elle pas au secours des Kurdes? (Le Devoir)
Syrie:
Même si elle date de 2012, cette carte de l'opposition syrienne (et le court texte qui se retrouve au bas de la page) est intéressante et permet de saisir un peu mieux l'origine et la complexité de cette opposition au régime (Radio-Canada).
Le Kurdistan:
Une page Wikipédia qui résume assez bien l'histoire contemporaine de la région, en plus de détailler les grandes lignes du nationalisme kurde par pays. Ceci permet entre autres de saisir l'origine des kurdes syriens et leurs liens avec les kurdes turcs, en plus de comprendre que l'opposition entres kurdes de Turquie et le gouvernement turc remonte à la création même de la Turquie.

Références - Revues scientifiques:
Nationalisme kurde:
Les paradoxes du printemps kurde en Syrie, dans Politique Étrangère (2014/2, été, p.51-61)
Les Kurdes et l’option étatique, dans Politique Étrangère (2014/2, été, p.15-26)
Syrie:
La reconfiguration des espaces transfrontaliers dans le conflit syrien, Analyse Noria, février 2014 - disponible en ligne.
Le «cavalier seul» des Kurdes de Syrie, sur Orient XXI (un média intermédiaire entre journalisme et articles académiques) - mars 2014, article disponible en ligne.
La question kurde et la guerre civile syrienne (sur un carnet d'accompagnement de la recherche "Le Proche-Orient et la crise syrienne - paradigmes en débat") - disponible en ligne.
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mercredi 8 octobre 2014

Quand on refuse d'enquêter sur les criminels, mais plutôt sur ceux qui les ont dévoilé au grand jour

J'imagine que vous avez peut-être entendu parler de cette affaire, décrite par le journaliste Patrick Lagacé ce matin dans La Presse. Sinon, allez lire cet article, il est à la fois fascinant, révoltant, scandaleux et profondément inquiétant.
Ce qui y est rapporté, en gros, est un cas de police, qui intimide un journaliste (les menaces sont assez claires, d'accusations criminelles en plus) pour lui soutirer des informations sur ses sources. Or, cette police - qui utilise les fonds publics pour son enquête, évidemment - n'enquête pas sur une vaste affaire criminelle, oh que non, mais sur la/les personne/s qui ont fait en sorte que l'on sache qu'il y avait affaire criminelle.
Si on avait besoin d'un exemple plus patent que la SQ soit une police politique, on a la ministre responsable de la SQ (sécurité publique) qui suggère au journaliste de porter plainte en déontologie. Ha, ha, ha. On sait tous ce que donnent les plaintes en déontologie, les polices qui enquêtent sur la police... [On ne rappellera jamais assez que la célèbre 728 n'a jamais été blâmée pour son rôle pendant le conflit étudiant]. Cette ministre irresponsable ne s'inquiète ni de la manoeuvre d'intimidation (une spécialité du gouvernement Couillard on dirait), ni du fait que les enquêteurs perdent leur temps à courir après la personne grâce à qui on a été informé, ni encore (et c'est pire) des mensonges que les enquêteurs répandent un peu partout pour discréditer le professionnalisme du journaliste en question en tentant de le couper de ses sources par la même occasion!
J'éprouve un fort sentiment de dégoût devant autant de cynisme de la part de la police et du pouvoir, un profond écoeurement devant autant d'arrogance à nous voler, d'abord, à camoufler le crime ensuite, puis et à ne même pas se cacher pour montrer qu'on n'enquêtera pas sur le crime mais sur celui qui a révélé le camouflage. Et qui paye les voleurs et ceux qui sont payés pour ne pas enquêter à leur sujet? Hehehe, vous et moi, évidemment.
On se souviendra pourtant que ni la Commission Gomery ni la Commission Charbonneau n'auraient eu lieu sans le travail de journalisme d'enquête. Évidemment, ni la SQ ni le gouvernement Libéral (dont le placard est encore plein de squelettes puisque la commission Charbonneau a habilement évité leur cas en refusant d'appeler les personnes cités à témoigner devant elle) n'a avantage à ce que l'on sache pourquoi la SQ n'enquête jamais sur le politique.
Que diriez-vous si au lieu de poursuivre les Acurso, Vaillancourt et compagnie, responsables de nombreuses fraudes et de vols d'argent public, on poursuivait plutôt Alain Gravel, l'animateur de l'émission Enquête grâce à qui ont a appris les faits originalement? Ben dans le cas qui occupe Lagacé, c'est pas mal ça qui arrive.
La police et le monde politique au Québec sont rendu très très bas. Dé-gue-lasse.
Après les soulèvements du printemps érable et des mouvements qui ont suivis, j'ai encore du mal à comprendre comment les québécois ont pu se rembarquer aussi vite pour des années avec le PLQ et toute ces manipulations et corruptions de nos systèmes supposément démocratiques.
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jeudi 18 septembre 2014

Une pensée pour mon arrière-grand-mère Yvonne

Yvonne MacDonald, qu'elle s'appelait, mon arrière-grand-mère... une écossaise, d'où le fait que je pense à elle plus spécialement aujourd'hui, où je me sens plus écossais que de coutume :-)
Pour elle, ce souvenir de mon passage à Édimbourg.


lundi 15 septembre 2014

Deux ans plus tard... Une question refait surface.

Note: Il est rare que ce blogue commente directement des sujets d'actualités, mais en cette fin d'été, deux sujets sur lesquels j'ai déjà écrit m'interpèlent (l'Ébola était le premier, celui-ci est le second sujet), d'où ce billet.
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J'ai été tenté de chercher un agent de police qui appréciait l'ironie d'avoir à se battre contre les mesures néolibérales imposées par le gouvernement du PLQ qui monte l'opinion publique contre les policiers (et autres employés du secteur public) à grand renfort de mensonges ou de semi-vérités (*). Évidemment, c'est plus facile pour les policiers, en plus, ils n'ont personne pour les empêcher de manifester, ou pour leur taper dessus et les arrêter sans motif valable (**).

Mais l'ironie de la situation du conflit des pensions des employés du secteur public, elle me rappelle autre chose.
C'est qu'au cœur de la crise sociale qui a secouée le Québec dans la foulée du Printemps étudiant de 2012, j'avais évoqué sur ce blogue - dans le cadre d'un billet sur le risque d'effritement social – le danger derrière l'idéologie néolibérale soutenant les arguments du gouvernement pour implanter la hausse des frais de scolarité.
Ainsi, dans une réponse à un proche me demandant de «passer à autre chose» (un proche qui n'était pas directement touché par la hausse, bien sûr, mais qui était fatigué d'en entendre parler), j'avais répondu ceci :

«... Là, les politiques néo-libérales touchent les droits de scolarité et la contribution santé. Plus tard, ça sera la RRQ, puis, qui sait, la CARRA? Ne pensez surtout pas que ça ne peut pas arriver; les mêmes politiques contrôlées par les grands financiers ont justement implanté exactement cette politique (équivalent de coupure des prestations de CARRA de 50%) aux grecs. Ça se passe aussi ailleurs dans le monde. Quand ça arrivera ici, si jamais tu n'es pas dans la rue avec moi, tu seras peut-être content que j'y sois toujours, et que je ne sois pas passé à autre chose.»

Je me demande si, en cet automne 2014, deux ans après le chaud été 2012, il se souvient de mon intervention d'alors. Certes, comme il est déjà retraité de la fonction publique, le projet de Loi 3 ne le touche pas plus directement que la hausse des frais de scolarité de 2012, mais il doit bien se rendre compte (j'espère) que ce projet de Loi est un pas dans la même direction... et que ce pas est fait dans la direction des fonds de retraite dont il bénéficie justement aujourd'hui. Évidemment, le projet de Loi 3 ne coupe rien aux retraités actuels, mais c'est un pas dans la direction que j'évoquais en 2012 et il aura été franchi en deux ans seulement.
Le pas suivant viendra donc inévitablement.
Une fois que les principes directeurs sont acceptés, rien ne permettra d'empêcher le gouvernement libéral de continuer son chemin. D'ailleurs, l'argument demeure le même: on nous rabat sans cesse l'idée que le Québec n'a pas d'argent, alors que le gouvernement Libéral a offert des congés fiscaux aux grandes entreprises, aux pétrolières, aux gazières et aux banques depuis son arrivée au pouvoir en 2003, et ces congés perdurent depuis (***).
Entre temps, comme je l'évoquais dans mon commentaire de 2012, les coupures dans les pensions ont commencé ailleurs, donc rien n'empêchera d'évoquer ces exemples pour faire de même ici à court ou moyen terme. En Espagne, on a éliminé l'indexation des pensions en 2010 et augmenté les impôts (et les taxes à la consommation) en 2012. La Grèce a coupé de 50% (en deux étapes) les pensions versées aux retraités de sa fonction publique. On me dira qu'il s'agit d'exemples dans des pays aux finances désastreuses (même si cet état de fait a profité aux financiers ayant permis et causé la crise, mais c'est une autre histoire), alors je mentionnerai le Royaume-Uni, dont le Ministre des Finances (Chancellor) a annoncé que le régime de pension devrait subir des coupures en 2015.
Ici même, depuis 2012, on voit déjà des signes que l'on va s'attaquer aux pensionnés éventuellement; le Régime de sécurité de la vieillesse (Pension du Canada), universel, a déjà été modifié en 2013 et les citoyens comme moi ne pourront toucher cette pension avant 67 ans - alors que l'âge donnant droit à cette prestation était auparavant de 65 ans. Cette mesure me privera d'un revenu de pension de plus de 12 000$, alors c'est quand même une coupure importante, même si elle n'a pas été présentée comme une coupure. On incite aussi les canadiens à repousser cette pension de 5 ans (donc la demander à partir de 72 ans dans mon cas) en bonifiant les montants, un privilège dont seuls les mieux nantis pourront profiter. Et au Québec, la commission de révision des programmes ne suggèrera certainement pas de conserver intacts les régimes comme la RRQ ou les acquis des pensionnés de la CARRA. On ne coupera pas cette année, pas aussi directement, mais on commencera à parler de réforme, de modifications, de manque à gagner, et on implantera lentement l'idée jusqu'au jour où l'on dira que ces coupures sont inévitables. (C'est une technique éprouvée qui a été utilisée par de multiples gouvernements de droite pour imposer l'austérité aux classes moyennes et inférieures sans mettre leur réélection à risque).
Je me demande réellement si celui qui m'avait interpelé en 2012 saisi l'ironie de la situation, si ça l'inquiète et s'il espère que des gens s'opposeront à cette idée, lui dont la retraite, le niveau de vie et la qualité de vie dépendent en partie d'une pension de la CARRA. Je n'irai pas jusqu'à demander si dans sa circonscription de région, il a voté pour le candidat Libéral (Philippe Couillard)...
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(*) Voir l'excellent l'Épreuves des faits, qui rappelle que la pension des députés de l'Assemblée Nationale est la plus généreuse de toutes les pensions du secteur public au Québec, régime auquel le projet de Loi 3 ne s'attaque évidemment pas.

(**) La semaine dernière, plus de 500 manifestants arrêtés pendant le Printemps Érable - en mai 2012 - ont vu leur cas abandonné par la couronne, faute de dossier probant.

(***) Pendant le court laps de temps où le PQ a été au pouvoir, minoritaire, il a vaguement tenté de s'attaquer à cet aspect de la fiscalité, mais s'est rapidement fait montrer le chemin à suivre et a reculé, avant de perdre ses élections un an plus tard.
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samedi 13 septembre 2014

Épidémie d'Ébola en 2014: Appréhender la réalité grâce à la fiction

Note: Il est rare que ce blogue commente directement des sujets d'actualités, mais en cette fin d'été, deux sujets sur lesquels j'ai déjà écrit m'interpèlent (l'Ébola étant le premier), d'où ce billet.
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Introduction
L'épidémie actuelle du virus Ébola en Afrique a poussé quelques médias à se demander si on devait craindre sa propension un peu partout dans le monde. Doit-on craindre l'Ébola?
L'Épidémie actuelle d'Ébola a débuté en décembre 2013 en Guinée, mais n'a été détectée officiellement qu'en mars 2014. L'Épidémie s'étend actuellement au Nigéria, Siera Leone, Libéria et, dernièrement, au Sénégal. En termes de nombres d'humains infectés et de nombre de décès, c'est la pire épidémie d'Ébola depuis la découverte de ce virus en 1976, au Zaïre. En fait, l'épidémie actuelle dépasse en nombre de cas et de décès le total de toutes les épidémies précédentes d'Ébola, et ce malgré un taux de mortalité plus bas que dans toutes les épidémies précédentes du virus.
Donc, oui, cette épidémie est sérieuse et oui, on doit craindre sa propension. Ce qui ne veut évidemment pas dire de paniquer en lisant ceci, confortablement installés dans votre salon en Amérique du Nord ou en Europe, les dispositifs et procédures sanitaires d'urgences en occident sont relativement développées et peuvent faire face à ce genre d'épidémie en minimisant son étendue... en principe, évidemment, puisque nous n'avons jamais fait face à a menace réelle d'Ébola (je parle du Québec et du Canada, par exemple).
On peut par contre se rabattre sur les oeuvres de fiction pour comprendre comment se déroulerait les événements en cas d'épidémie d'Ébola en occident.
Au fil des décennies écoulées depuis 1976, plusieurs oeuvres de fiction, littéraires et cinématographiques ont mis en scène des maladies causées par des virus dévastateurs, ou encore des épidémies, généralement contrôlées à des fins dramatiques. L'émergence du Virus d'Immunodéficience Humaine (VIH), causant le Sida, a contribué à la prolifération des oeuvres de ce genre depuis les années 80. L'émergence du VIH a aussi contribué à la conscientisation de la population face aux réels dangers que posent les virus.

Bref retour en 1997
En 1997, dans le cadre d'un article publié dans la revue Solaris (1), j'explorais les points communs entre réalité et fiction, en documentant nos connaissances sur le virus Ébola et en utilisant comme cas-type le roman The Stand (Le Fléau) de Stephen King, publié en version courte en 1978 et réédité en version intégrale en 1991. Lorsque Stephen King a publié The Stand pour la première fois en 1978, la réaction générale du public a été favorable au roman en tant que fiction, mais tous les lecteurs s'accordaient à dire que la situation décrite était fortement improbable, voire même impossible. Imaginer un virus aussi destructeur ayant la propriété d'être extrêmement contagieux, tout en se propageant par voie aérienne était tout bonnement trop effrayant. Sauf qu'en 1978, le VIH était méconnu, pour ne pas dire inconnu et le virus de King semblait relever du surnaturel. En 1991, lors de la réédition du roman, après une décennie marquée par le sida, l'aspect terrifiant du virus était moins perturbant, puisque des virus semblables paraissent nettement possibles aujourd'hui. Et de tels virus existent bel et bien, l'Ébola étant l'un d'entre eux et en fait aujourd'hui la preuve dans 4 pays d'Afrique. Ébola est d'ailleurs le plus terrifiant de ces virus.

Le virus de la Grippe A imaginé par Stephen King dans The Stand
Plusieurs éléments concernant le virus fictif mis en scène sont fournis dans le roman de Stephen King: symptômes provoqués, mode de transmission, degré de contamination et de mortalité, etc. Examinons donc ces données en détail.
Le virus de King semble être une mutation du virus de la grippe, qui est appelée «Grippe A», dans le roman. Il s'agit d'un virus aérogène, c'est-à-dire transmissible par voies aériennes, et qui comporte un degré de contamination de 99,4%. Bref, un virus très facile à transmettre d'un individu à l’autre. L'épidémie déclenchée dans le roman ne prend pas son origine dans un contact avec un réservoir naturel du virus. Il s'agit d'un virus étudié (ou créé) dans un laboratoire militaire. Un accident survient, un problème de sécurité, des réactions bien humaines, et voilà qu'un homme infecté se sauve, porteur du virus. C'est le «cas originel» du roman; le personnage du gardien Campion.
Campion demeure «négatif» pendant plus de cinquante heures. Il est parti du désert de l'ouest de la Californie et se rend sans trop de problèmes jusqu'à Salt Lake City. Deux jours plus tard, il arrive au Texas, où il s'arrête et meurt des suites de l'infection. Bien évidemment, Campion a infecté sa femme et sa fille, en plus d'un nombre incalculable de personnes sur sa route.
Les symptômes du virus inventé par King sont les suivants: un peu de toux et de migraine pour commencer, perte d'appétit, puis la toux devient plus sévère, accompagnée de sécrétions. La fièvre prend le dessus, le cou se gonfle, les yeux noircissent, le nez coule... Finalement, la respiration devient difficile, avec des gargouillis, «comme si quelque chose clapotait au fond de [la] poitrine», puis le patient décède. Le tout se passe rapidement. On peut le déduire évidemment du fait que Campion et sa famille sont morts en quelques jours, mais aussi par des descriptions du laboratoire militaire, où les gens sont morts assez vite pour être simplement demeurés un peu partout dans la base. Bref, ils sont morts sur place, très rapidement. L'autre exemple évident est celui de cette insoutenable scène dans le Tunnel Lincoln, où des centaines de gens sont morts dans leur voiture...
Avec un taux de contamination de 99,4%, le virus imaginé par King peut se propager très rapidement. L'épidémie qu'il a imaginée est crédible, compte tenu de la description de son virus.
Mais une telle mutation de la grippe est-elle possible? Peut-être. La grippe espagnole qui a fait de nombreuses victimes au début du siècle en est une preuve. Heureusement, elle était moins dévastatrice et se propageait moins rapidement que le virus de King. Sauf que la grippe n'est pas le seul virus pouvant être potentiellement mortel pour l'humain. Nous connaissons aujourd'hui une famille entière de virus qui atteint des taux de mortalité épouvantables; les filovirus, dont Ébola fait partie.
Il existe plusieurs souches (ou variétés) du virus provoquant la fièvre Ébola; la souche originalement identifiée comme Ébola Zaïre porte aujourd'hui le nom de virus Ébola, et c'est elle qui fait actuellement les ravages qui font la manchette quotidiennement. Dans des épidémies précédentes, le virus Ébola était mortel pour 90% des humains infectés. La variété Soudan tuait quand à elle 60% des gens infectés. Bref, Ébola est un fléau éradicateur presque digne du roman de Stephen King.
Les symptômes de la fièvre Ébola ressemblent également à ceux mis en scène par King dans son roman en 1978. En fait, Ébola démolit d'abord le système immunitaire (comme le fait le VIH). Sauf que l'Ébola est cent fois plus rapide. Une fois le système immunitaire mis k.o., le virus a la voie libre pour se multiplier à une vitesse effroyablement destructrice. Même s'il s'y prend différemment, la destruction du système immunitaire que le sida met dix ans à accomplir, L'Ébola l'accomplit en dix jours.

D'où vient l'Ébola?
Toutes les recherches indiquent que la forêt vierge d'Afrique abrite les réservoirs naturels de l'Ébola. Ces réservoirs peuvent être n'importe quel organisme vivant, des unicellulaires (quoique ce soit peu probable ici) aux vertébrés, en passant par les insectes. Il y a des dizaines de milliers d'espèces dans ce coin du monde. Ça complique la recherche. Actuellement, plus de 3000 espèces animales et des dizaines de milliers d'insectes font l'objet de recherches fouillées. Géographiquement, les recherches ciblent la région du mont Elgon, près de la vallée du Rift. (Il est ironique que l'organisme qui pourrait pratiquement éradiquer l'humain de la planète a ses origines dans un endroit voisin de celui des origines de l'humain...).
Bref, en plus de ne pas connaître l'hôte principal, on ne sait pas précisément où chercher ce réservoir. Des expéditions passées ont échoué dans des recherches semblables. Les résultats n'ont pas été publiés.
Mais même si l'on est incapable de le voir venir, l'Ébola surgit de nulle part et frappe périodiquement.

Les épidémies
Dans The Stand, Stephen King nous brosse une épidémie dévastatrice. L'élaboration littéraire de son épidémie est une brillante démonstration de la propagation d'un virus tel que celui mis en scène par King. Un virus à haut taux de contamination et qui tue rapidement.
Dans le roman, Campion est le cas initial de l'épidémie (oublions les autres personnes contaminées et mortes à l'intérieur de la base militaire, Campion ayant été le seul à sortir avec le virus). Il contamine, entre autres, le petit groupe d'amis de la station-service d'Arnette, Texas, groupe qui comprend le propriétaire, Hapscomb. Le lendemain, le cousin du propriétaire, Joe Bob, se pointe à la station pour être contaminé par Hapscomb. Ce cousin est policier et il traverse la moitié du Texas... Et voici comment King décrit le processus de contamination:
«Le 18 juin, cinq heures après avoir parlé à son cousin Bill Hapscomb, Joe Bob Brentwood arrêta une voiture (...) Il s'agissait de Harry Trent de Braintree, agent d'assurance. (... ) Et il donna à Harry Trent beaucoup plus qu'une simple contravention. Harry Trent, un homme sociable qui aimait son travail, transmit la maladie à plus de quarante personnes ce jour-là et le lendemain. (...) Le 19 juin, Harry Trent s'arrêta pour déjeuner chez Babe's Kwik-Eat, dans l'est du Texas (...) il infecta Babe, le plongeur, deux routiers, le livreur de pain (...) Quand il sortit, une voiture arrivait, remplie à craquer d'enfants et de bagages. (...) Plaque de New-York. Le conducteur avait baissé sa vitre pour demander à Harry (...) Le NewYorkais était Edward M. Norris, lieutenant de police. (...) Ils passèrent la nuit dans un motel d'Eustace, dans l'Oklahoma. Ed et Trish infectèrent la réceptionniste. Les petits (...) infectèrent les enfants qui jouaient sur le terrain de jeu du motel — des enfants qui se rendaient dans l'ouest du Texas, en Alabama, en Arkansas et au Tennessee. (...) Aux petites heures du matin, Trish réveilla Ed pour lui dire que Heck, le bébé, était malade. (...) À deux heures de l'après-midi, ils étaient dans la salle d'attente du docteur Brenden Sweeney. Ed avait commencé à éternuer lui aussi. La salle d'attente était pleine. (...) dans la salle d'attente, ils transmirent la maladie (...) à plus de vingt-cinq personnes, dont une solide matrone qui était simplement venue payer ce qu'elle devait au médecin. Avant de transmettre la maladie à tous les membres de son club de Bridge. (...) Cette solide matrone était Mme Robert Bradford, Sarah Bradford pour ses amis (...). Elle et Angela allèrent prendre un verre (...) elles réussirent à infecter tous ceux qui se trouvaient dans le bar dont deux jeunes hommes (...). Le lendemain, ils repartirent en direction de l'ouest, en répandant la maladie sur leur passage. Les réactions en chaîne ne sont pas toujours faciles à amorcer. Celle-ci ne se fit pas prier. (...) Sarah rentra chez elle pour infecter son mari, ses cinq amis qui jouaient au poker avec lui, et leur fille, Samantha (...). Le lendemain, Samantha allait infecter toute la piscine de Polliston. Et ainsi de suite.»
Les épidémies ne sont que ça: des réactions en chaîne. Elles sont aussi étendues que le permettent les conditions, dont le taux de contamination et le mode de transmission. Ainsi, il s'est produit plusieurs épidémies d'Ébola au fil des années...
La première épidémie connue d'Ébola a eu lieu au Zaïre, en septembre 1976. L'épidémie a débuté dans un hôpital de mission, à Yambuku. L'Ébola s'est déclaré presque simultanément dans 55 villages de la région. 280 personnes atteintes, avec un taux de mortalité de 90%. L'Ébola devenait alors le micro-organisme le plus «mortel» après la peste bubonique. L'épidémie a été contenue par des mesures de quarantaine très sévères. Le virus disparut complètement sans que l'on ne sache d'où il était venu. On baptisa le virus Ébola, du nom d'une rivière affluent du fleuve Congo, tout près de «l'épicentre» de l’épidémie.
L'épidémie suivante a eu lieu au Soudan, toujours en 1976. Une souche légèrement différente, et moins virulente, avec un taux de mortalité de 60%. Puis, une autre épidémie au Zaïre en 1977, puis de nouveau au Soudan, en 1979. À chaque occasion, la seule solution fut la quarantaine. On place les patients en isolement complet et on attend! La majorité meurent, les autres survivent. Le virus, une fois l'hôte mort, ne survit pas très longtemps. Fin de l'épidémie. Par la suite, quelques cas isolés seulement, jusqu'en 1990.
C'est en effet au moment de la sortie du film Outbreak à l'été 1995 que, comme pour narguer les humains, l'Ébola frappa encore une fois. Et cette fois, c'est bien l'Ébola Zaïre. Le virus infecta 315 personnes. 244 moururent. La baisse du taux de mortalité est due à un traitement au sérum sur plusieurs victimes. Le traitement au sérum d'Ébola Zaïre semble donc atténuer l'impact du virus et c'est depuis cette épidémie que l'on utilise ce genre de traitement pour tenter de sauver les personnes infectées.
D'autres apparition d'Ébola ont depuis été contenues; Côte d'Ivoire, Gabon, Ouganda, on a même eu des cas de primates infectés aux Philippines et en Chine, mais par une souche (Reston) quasi inoffensive pour l'humain.

Conclusion
Après avoir pris connaissance des manifestations de l'Ébola parmi les humains, on peut relever quelques remarques intéressantes. Tout d'abord, on remarque que l'incroyable virulence d'Ébola nuit à son amplification dans la population humaine. En effet, le virus tue tellement vite que la contagion n’a pas le temps de se propager largement. Cet élément est important car il permet de contenir le virus par des mesures de quarantaine efficaces. Les procédures de quarantaine appliquées jusqu'à présent sont donc de plus en plus efficaces pour limiter ou empêcher la propagation du virus loin du center de l'épidémie. Par comparaison, le VIH s'est propagé lentement mais sûrement parmi toute la population mondiale et l’amplification se poursuit toujours. On remarque que c'est d'ailleurs un des problèmes majeurs de l'épidémie de 2014; la difficulté de contenir la propagation par la quarantaine, en grande partie à cause de résistance locales et culturelles ou par un manque d'éducation ou de confiance de la population locale face aux autorités ou aux ONG qui tentent d'intervenir.
En 1997, je mentionnais que «l'Ébola est une forme de vie qui existe depuis très longtemps. Il est fort possible que l'Ébola survivra à l'humanité sur Terre. En fait, c'est peut-être l'organisme qui causera la disparition éventuelle des humains. Ce ne serait certainement pas la première fois qu'un virus de ce type cause la disparition d'une espèce».
Sans devoir paniquer pour autant, je vous invite à voir (ou revoir) l'excellent film du cinéaste Steven Soderbergh (sortie en 2011), Contagion, certainement l'oeuvre de fiction la plus crédible sur une propagation de virus mortel dans une société occidentale qu'il m'ait été donné de voir. Le film montre bien comment fonctionne la contagion, quelles sont les procédures en place dans les pays occidentaux pour y faire face le cas échéant, et comment ce genre de suivi et de quarantaine est essentiel pour arrêter le virus. Il n'y a généralement que deux autres moyens de voir la fin d'une telle épidémie; soit le virus contamine tout le monde et ne laisse que les survivants sur son passage, soit qu'à force de subir des mutations, il fini par s'amenuiser de lui-même en effectuant une mutation ou un changement qui défavorise sa propagation.
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(1) Cet article est une adaptation de Virus: Réalité et fiction dans The Stand, de Stephen King, Solaris 122, été 1997.

mardi 2 septembre 2014

Un été de congé et le retour du blogueur

Pour la première fois depuis la création de ce blogue, j'ai pris un réel congé, au sens où même pendant les périodes (rares) sans publication s'étant produites auparavant, j'écrivais ou préparais des billets, effectuais de la recherche, ou transcrivais mon journal de voyage avant de mettre le tout en ligne un peu plus tard.
Cet été, après mon retour de voyage en Italie/Turquie/Grèce, je n'ai pas seulement pris congé de publication sur le blogue, j'ai pris congé de blogue tout court. Aucune recherche, aucune photo, aucun article en préparation, rien.
Même si le concept des blogues est encore relativement populaire (via les sites des médias traditionnels surtout), la plupart des citoyens ordinaires du web s'expriment sur les réseaux sociaux, essentiellement sur Twitter et Facebook, deux plateformes où j'ai une présence, même si je n'y suis jamais l'individus le plus actif ou le plus "sociable" (au sens du nombre d'amis ou de contacts).
Ainsi, malgré cette tendance (lourde) grâce à laquelle les gens ne lisent presque que plus que des statuts de 140 caractères ou des très courts paragraphes (s'ils sont accompagnés de photos ou vidéos), je continue de penser que le blogue est un format intéressant à explorer, ne serait-ce que par la flexibilité qu'il donne au rédacteur d'explorer avec un peu plus de profondeur le sujet qu'il traite dans un (ou plusieurs) billet(s).
Ce n'est pas nécessairement la méthode utilisée lors de mes précédents voyages, mais pour l'Italie, par exemple, j'ai tenté (malgré la publication de photos) d'explorer quelques éléments des voyages que je n'avais pas ou peu traités avant, souvent en me servant du parallèle entre moi et mon père (qui s'est très aimablement prêté au jeu, en plus des autres facteurs qui influencent toujours un voyage en cours).
Ainsi, après ce congé d'été, me revoilà donc.
Je ne pense pas, maintenant que j'ai effectué une longue réflexion sur le blogue et mes contributions - réflexion effectuée en début d'année sur ce blogue-même - reprendre un rythme accéléré de publication de billets, mais je vais certainement y aller de contributions relativement approfondies sur divers sujets.
Ce n'est certes pas parce que mon été a été ennuyant que je n'ai pas publié de billets sur mes activités (essentiellement profiter de l'offre artistique de Montréal en été), mais de retour de voyage (un 3e voyage en quelques mois à peine), j'avais besoin d'une pause. Ce besoin s'ajoutait à un sentiment d'avoir déjà publié des billets sur un été montréalais passé aux Francos, au Jazz, à Juste pour Rire, au cinéma, au concert en plein air ou à la maison symphonique (été 2009 et plusieurs billets lors d'autres événements similaires), bref, je voulais éviter de me répéter, même si les activités de cet été ne mettaient évidemment pas en scène le même matériau ou les mêmes artistes que dans des billets antérieurs.
Je vous souhaite donc un bel automne, en compagnie de votre blogueur indépendant québécois favori (une formule que j'emprunte au toujours excellent Pierre Lapointe, que j'ai eu le plaisir de voir deux fois cet été).
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